Le chantier du centre aquatique de la Grenouillère, en lisière du Domaine départemental de Sceaux, porté par le Département, touche à sa fin. Deux ans et demi auront été nécessaires pour aboutir à un nouvel équipement exceptionnel tant par son offre, tout public et à l’année, que par son cadre verdoyant.
Par Pauline Vinatier
Des vestiaires aux plages des bassins, la pose des carrelages aura été une longue et minutieuse étape des finitions, mais pas la dernière. À vrai dire, l’eau seule était capable d’animer le nouvel équipement en y mettant ses vibrations et ses reflets. Début mai le remplissage du bassin « sportif », avec ses 25 mètres de longueur et ses huit couloirs, a donc constitué un petit événement. « Il se remplit gentiment, expliquait alors Florent Renard, directeur d’exploitation de l’entreprise principale Léon Grosse, sans dissimuler sa joie au bout de mois et de mois de travaux. Nous commencerons par un mètre aujourd’hui, puis un autre mètre demain, pour ne pas déformer la structure. » De la buse à la cuve, cette opération devait être répétée cinq fois, autant que de bassins, chacun relié à une tuyauterie complexe invisible des nageurs. « Il va falloir tester bassin par bassin et réseau par réseau l’étanchéité de la plomberie et des plages. »
À ce bassin homologué s’ajoutent un bassin annexe à fond mobile, dont la profondeur se règle de zéro à deux mètres grâce à une vis sans fin, un bassin de loisirs avec jets d’eau, une lagune de jeux et un grand toboggan, des espaces « bien-être » et « fitness », un restaurant ouvert sur le parc, accessible aux passants depuis le nouveau parvis. Au-dehors s’alignent un bassin nordique de 50 mètres chauffé à 28°C, un bassin de loisirs estival, une lagune de jeux, un « pentagliss » et une « rivière sauvage », un solarium minéral et un autre végétal, deux terrains de beach-volley… De quoi accueillir athlètes, scolaires, clubs et familles, 365 jours par an et non plus uniquement l’été.

Astuce topographique
Pour des générations d’Alto-Séquanais, cette piscine au milieu d’un parc évoquait les plongeons sous les arbres, les jeux de ballon et le farniente, atmosphère que le Département tenait à préserver tout en diversifiant et en modernisant son offre. En guise de passage de relais, 4 000 m3 de gravats de béton concassés, issus de la piscine estivale des années 1970, ont été réutilisés pour la halle-bassin, autour de laquelle « naviguent tous les autres programmes ». L’implantation de ce bâtiment à la pointe nord-ouest de la parcelle cumulait les atouts : tout d’abord se rapprocher de l’écoquartier LaVallée, sur lequel donne l’entrée principale, avenue Sully-Prudhomme ; ensuite, rétablir les vues depuis le point haut du parc vers les frondaisons du Domaine départemental de Sceaux, en concertation avec l’architecte des bâtiments de France et l’inspectrice des sites. « Le projet fait la transition entre l’urbain et le paysage. Dès le hall d’accueil, le parc de Sceaux transparaît au fond de la piscine », souligne Rita Alegria de l’agence Dietmar Feichtinger Architectes (DFA), mandataire du groupement de maîtrise d’œuvre.
À chaque phase du chantier lancé en décembre 2023, une centaine de compagnons se sont succédé sur place, dont une partie aura bénéficié de clauses d’insertion (plus de 30 000 heures). Environ 90 000 m3 ont dû être terrassés pour commencer, ce qui est beaucoup et peu à la fois, dans la mesure où la topographie fournit en quelque sorte les bassins. « Le site présentait un dénivelé de huit mètres du nord vers le sud sur lequel nous nous sommes appuyés pour superposer les activités, nous avons ainsi gagné en espaces paysagers (71 % de la parcelle, NDLR) », poursuit l’architecte. La halle est distribuée par fonctions, le rez-de-chaussée haut étant le niveau d’entrée réservé aux « pieds chaussés », le rez-de-chaussée bas étant l’apanage des pieds mouillés : vestiaires, bassins, espace « bien-être » avec hammam, sauna et jardin zen…
Le bâtiment léger et gracile plonge profondément ses fondations dans le sol argileux et humide qui a valu ce nom de Grenouillère au lieu. Sa charpente métallique apparente, réglée au « boulon près », précise Florent Renard, repose sur des poutres à grandes portées limitant le recours aux piliers intermédiaires – aucun d’entre eux ne s’interpose ainsi sur 25 mètres de large, une prouesse qui permet depuis l’intérieur et même en hiver de se sentir enveloppé par la verdure environnante. La luminosité et les vues se trouvent encore accrues par le jeu de hauteur des toitures, étagées à neuf, six et deux mètres et demi pour autant d’ambiances. « Le bassin sportif avec ses gradins de 300 places avait besoin d’un grand volume, explique Rita Alegria. Les bassins annexes et de loisirs, dont le toit est plus bas, se trouvent à l’abri des regards des spectateurs ; enfin, la toiture de la pataugeoire, à hauteur d’enfant, invite le regard à aller vers le dehors. » Ces nombreuses ouvertures vers l’extérieur ont permis d’opter pour une ventilation hybride, naturelle l’été, qui pourrait générer jusqu’à 10 % d’économies d’énergie par rapport à un système 100 % mécanique – le projet, bien que non certifié, intègre ainsi les exigences de haute qualité environnementale (HQE). Enfin, pour le confort des usagers, l’ensemble des éléments non vitrés ont été traités acoustiquement, des murs aux élégants plafonds en lattes de tilleul.
BASSINS DURABLES
Les 1 000 casiers, dans le vestiaire principal, disent l’ampleur d’un centre capable d’accueillir simultanément 4 000 visiteurs de mai à septembre – pour 1 600 en hiver. Avenue Sully-Prudhomme, peu après le parvis d’entrée, les véhicules et les cars des clubs, associations sportives et scolaires accéderont à un stationnement en surface et à un parking souterrain de 117 places. « L’objectif, avec l’arrivée du tramway T10 et l’implantation de pistes cyclables sur l’avenue, est aussi d’inciter à utiliser les mobilités douces et les transports en commun », précise Marie-Jeanne Mallet, chargée du projet au Département. L’entrée estivale par le rond-point du fer à cheval et le Domaine de Sceaux est conservée de mai à septembre pour désengorger l’entrée principale, un « pavillon d’été » avec billetterie et vestiaires, ayant pour cela été créé.
L’eau des bassins, ce qui peut surprendre au premier abord, présente une légère teinte bleu-gris ce qu’explique le recours à l’inox. La durée de vie de ce matériau couramment employé dans les pays du Nord et en Allemagne est estimée à au moins cinquante ans et son entretien est plus facile « que celui d’un bassin carrelé avec énormément de joints ». Il est associé, dans la « salle des machines » en sous-sol, à un système de filtres à perlite (une pierre volcanique), qui permet de limiter la consommation d’eau par rapport à des filtres à diatomée classiques. La combinaison de ces technologies de pointe permet d’obtenir « une eau très pure à un coût moindre ». Il faut une heure environ à l’eau d’un bassin pour être recyclée à 90 %, le reste devant être renouvelé.

Au sortir de ce circuit, l’eau stockée et en partie traitée part arroser les pelouses et plantations, en autosuffisance. « En conception, une dérogation auprès de l’Agence régionale de santé a été nécessaire, car le procédé était assez innovant à l’époque », précise Marie-Jeanne Mallet. Le parc de trois hectares et demi, atout maître du site, voit dialoguer ces aménagements aquatiques et ceux de Vogt Paysage Urbanisme. La rivière sauvage, où le baigneur se laisse entraîner par le courant, serpente ainsi entre de magnifiques tilleuls préservés tandis que 200 nouveaux arbres et 4 000 arbustes auront été plantés pour renforcer le cordon boisé du site, source de fraîcheur, avec les toitures végétalisées. Les pelouses du solarium végétal, doucement inclinées pour tirer parti, là encore, du mouvement du site, offrent des vues sur le grand paysage et sur les eaux agitées ou calmes de la piscine dans lesquelles les paysagistes-concepteurs ont voulu voir un clin d’œil aux jeux d’eaux du Domaine départemental de Sceaux.