Créé en 1995, le réseau des Écoles de la 2e chance (E2C) se destine aux jeunes éloignés de l’emploi, peu ou pas diplômés, mais désireux d’embrasser une « carrière ». Dans les Hauts-de-Seine, le Département soutient ses antennes de Clichy, Bagneux et Nanterre.
Les salles de classe sont bien là, mais les « E2C », ainsi qu’on les abrège, n’ont d’école que le nom. « Dispositif hors du champ scolaire, confirme Wahiba Mahlal, responsable du site de Clichy, les Écoles de la 2e chance se conçoivent comme des lieux de formation. » Il faut dire que, pour le public-cible, les 16/25 ans inscrits à France Travail, l’école est souvent bien finie… Pour eux, pas de cours, mais des ateliers. Pas non plus de matières, plutôt des compétences. Et la distinction d’avec le « moule » de l’Éducation nationale a son importance pour ces « carrés qui ne rentrent pas dans des ronds ». L’expression est de Christophe Dartois, directeur des E2C92 : « Maints dispositifs ferment aujourd’hui leurs portes, laissant des filles et des garçons sans diplôme ou en ruptures de parcours. » Dans 45 % des cas, les missions locales en sont les prescriptrices, à part égale, à la grande satisfaction de M. Dartois, du bouche-à-oreille – « signe que nous accomplissons ici du bon travail ». « Au-delà de l’aspect financier (10 % du budget des E2C92), le Département mobilise aussi bien ses SST (Services des solidarités territoriales) pour un accompagnement en santé que ses clauses d’insertion sur les marchés publics. Ce soutien nous est primordial. » Qu’ils soient cognitifs, de santé globale, sociaux, familiaux ou éducatif, la levée des freins à l’emploi rencontre un parcours jusqu’à dix mois et à 360°. La preuve par Nils.

SIMULATION IMMERSIVE
En fin de contrat chez les chasseurs alpins, ce Courbevoisien s’est vu proposer des stages en vue de confirmer sa reconversion en « gindre ». « En dépit des contraintes de ce métier, je me voyais bien pétrir le pain. Mais impossible d’être pris en boulangerie sans convention de stage ! Au-delà de l’administratif, l’école m’a aidé à mettre à jour des tendances mon C.V. » Son passage aux armées, gros plus par les temps qui courent, est depuis dûment stipulé. Admis au CFA de Versailles en vue d’un CAP, ce grand gaillard s’aligne à force de « débrouillardise » sur son point de mire. « Sans l’E2C, j’aurais dû chercher un job alimentaire, retardant mon véritable projet professionnel. » Chacun d’entre eux se voit assigner un référent, pour, étape par étape, affiner son projet « comme dans un entonnoir », schématise Éric Koyaga, formateur en raisonnement et logique. Ce dernier dit adapter le contenu de ses ateliers à chaque élève de chacune de ses cohortes – le niveau moyen d’un arrivant en mathématiques se situe autour de la 5e. « Pour un futur comptable, je privilégierai les pourcentages ; un plombier, les quatre opérations fondamentales », n’hésitant pas à faire preuve d’humour et à ancrer les savoirs dans les ressorts qui sont les leurs.

CONCOURS D’ÉLOQUENCE
Abdou, 17 ans, n’a pas mis six mois à trouver son alternance en logistique chez Logisur qui lui ouvre le champ des équivalences jusqu’à la licence pro. Un tantinet « crâneur », mal lui a pris ce matin-là de fêter son dernier jour en solaires et capuche. « On a beau ne pas être une école “éducative”, on veille à transmettre les codes de l’entreprise », souligne M. Dartois. Quant à la timide Mariame, aspirante aide-soignante ou infirmière – « on verra… », – Yvelise Catherine, sa formatrice de communication et de culture générale, la tanne pour qu’elle s’engage dans la première participation de son école au concours national d’éloquence. « J’observe de plus en plus de difficultés linguistiques, de compréhension, d’une perte de la graphie à cause du téléphone, etc. C’est tout l’intérêt de notre dispositif de remédiation ou encore du groupe Français-langue-étrangère à l’adresse des primo-arrivants. » À ses dires, ce « FLE » au cœur d’un espace « hors-les-murs » depuis ce début d’année à Nanterre, a le pouvoir d’apporter tellement plus qu’une langue. Une seconde chance, tout simplement.