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RENCONTRE AVEC DES ARBRES REMARQUABLES

Les Hauts-de-Seine ont, non sans raison, la réputation d’un département urbain mais ils sont aussi depuis toujours un terreau fertile aux arbres : dans les forêts, dans les parcs, ou le long des routes départementales. Avec les années, des spécimens ou beaux ou rares ou historiques, ont acquis un caractère exceptionnel. Ces sujets, dont l’âge se compte parfois en siècle, pourraient prétendre au label « Arbre remarquable de France ». En lien avec sa Stratégie nature, le Département projette sur ses sites d’en accomplir l’inventaire, appuyé de l’association A.R.B.R.E.S. L’objectif poursuivi est la valorisation auprès de tous les publics, instruits ou non de botanique, de ces monuments vivants piquant à coup sûr la curiosité humaine. Ce portfolio présente ainsi quelques-uns de ses plus dignes prétendants.

 

 

Pour son port
LE PATRIARCHE
Cèdre du Liban, Cedrus libani A. Rich
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, Arboretum,
Châtenay-Malabry
48°46’17.0″N 2°16’08.8″E

Du Liban, le Cedrus libani est l’emblème, qui s’invite en Turquie et en Syrie. Fut-il en Europe introduit par les croisés ? Ou bien plus tard, à la Renaissance ? Nul ne le sait. Le doyen de l’Arboretum fut en tout état de cause, un des tout premiers à voir sa plantation consignée de France. Son âge, déduit d’une mise en terre vers 1750, n’est qu’un battement de cil dans la vie d’un cèdre (2 000 ans). Avec les vétérans, ce « jeune plant » a toutefois en commun les blessures ; la plus terrible fut peut-être la perte de sa cime. Sa silhouette tabulaire que souligne ce rai de lumière exige pour les voir un œil exercé. Exceptionnel par sa circonférence, rien qu’elle lui valait sa place au tableau d’honneur.

Photo : CD92/Willy Labre

Pour sa rareté
DU FOND DES ÂGES
Arbres aux quarante écus pleureur, Ginkgo biloba L. ‘Saint-Cloud’
Musée départemental Albert-Kahn, Boulogne-Billancourt
48°50’30.7″N 2°13’38.4″E

La Terre accueillait, outre ses ancêtres, ses semblables il y a, déjà, 270 millions d’années. Dernier des Ginkgoaceæ, le biloba aurait succombé à son tour – au Quaternaire, la glaciation faisait rage – s’il n’avait trouvé refuge en Chine du Sud. Là, il y demeure fort apprécié, son feuillage d’or y joue beaucoup. C’est pourtant loin de l’Asie qu’une mutation spontanée engendra ce « cultivar ». Le ginkgo ‘St-Cloud’, unique jusqu’à preuve du contraire, arbore un port distinctif pleureur et une foliation dense de petits éventails. Couru des botanistes et du public en général, ce spécimen s’admire idéalement en saison automnale.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour ses dimensions
SUR UN ARBRE COUCHÉ
Catalpa commun, Catalpa bignonioides Walter
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups,
Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry
48°46’17.4″N 2°15’49.6″E

Vu sous cet angle, ce catalpa semble en proie à quelque sortilège… Le calme après la tempête qui le coucha le vit débuter cette incroyable « sculpture végétale », un méli-mélo fantastique où tronc, branches et racines s’amalgament. Et le sujet au printemps est tout ce qu’il y a de plus vigoureux ! À l’état sauvage, on le rencontre au sud-est de l’Amérique du Nord, précisément où Chateaubriand cingla vers 1791. De quoi conforter l’hypothèse qu’il fut planté en son domaine par nul autre que lui-même.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour leur aspect général
CHAMPS-(ÉLY)SCÉENS
Tilleuls communs, Tilia x vulgaris Hayne
Allée d’honneur du Domaine de Sceaux, parc et musée départementaux
48°46’32.9″N 2°18’30.8″E

À côté des arbres isolés, synonymes de puissance et de majesté, on distingue au sein de la « société des arbres » des groupes ou des alignements au moins aussi remarquables. De quelque trois cent cinquante sujets, l’Allée d’honneur de Sceaux est de ceux-là. Ces Tilleuls communs, parmi les plus répandus des régions tempérées d’Europe avec le Tilleul à grandes feuilles et argenté, supportent très bien la taille. Le prestige de sa perspective tient à leur élagage « en marquise », qui nécessite cette nacelle à 12 mètres suspendue dans le vide.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour son caractère historique
MONSTRE VÉGÉTAL
Cèdre de l’Atlas bleu pleureur, Cedrus atlantica (Endl.)
Manetti ex Carriere ‘Glauca Pendula’
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, Arboretum,
Châtenay-Malabry
48°46’16.1″N 2°16’16.1″E




Il est le tout premier des cèdres bleus pleureurs au monde, et le seul à être né d’une graine, en 1873, aux pépinières Paillet, voisines des  Croux, aujourd’hui l’Arboretum. Un tantinet inquiétante sur l’image, sa toison dérobe à la vue sa singularité. Pur hasard de la nature, sa génétique l’a doté d’un tronc ramifié, et non élancé comme normalement, d’où ce port pleureur, voire rampant. Un caractère jamais observé avant lui chez les cèdres de l’Atlas, multipliable par bouturage et greffage. Chaque nouveau plant reste ainsi génétiquement identique à ce pied-mère. Labellisé « Arbre remarquable de France » en 2001, distinction qu’il est seul à détenir dans les Hauts-de-Seine, ce cèdre est décidément unique en son genre.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour ses dimensions
GRAND TÉMOIN
Marronnier du Caucase, Aesculus hippocastanum L.
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups,
Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry
48°46’21.4″N 2°15’48.7″E

Son signalement, Aesculus hippocastanum L. de 31 mètres de hauteur sur plus de cinq de circonférence, faisait déjà forte impression. Mais savoir qu’il fut planté de ses mains par Chateaubriand le place dans la case digne d’intérêt historique. Qui sait ? Peut-être fit-il plus que de voir passer l’Enchanteur, il l’inspira ! Pareil à une muse du règne végétal. Ce marronnier ne pouvait en tout cas rêver mieux du haut de ses 215 ans que cette butte pour mettre en avant son intérêt paysager.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour leur aspect général
COUPLE DE STARS
Cèdre de l’Himalaya et hêtre pleureur, Cedrus deodara G. Don
et Fagus sylvatica L. ’Pendula’
Musée départemental Albert-Kahn, Boulogne-Billancourt
48°50’30.4″N 2°13’36.5″E

Côte à côte près du pont de Nikkō, cèdre de l’Himalaya et hêtre pleureur captent le feu des projecteurs. Paysage à eux seuls, ces spécimens
affichent une beauté parfaite, ainsi qu’une auguste taille, et qu’un  auguste port. L’un se dresse vers le ciel, l’autre plonge vers la terre, tel le Yin et le Yang en ce jardin japonais riche de ce symbole. Ainsi, chacun d’eux porte beau le poids des ans, et haut la mémoire du lieu. Au XIXe siècle ce duo alors d’une toute autre envergure participait d’une allégorie
végétale sur le thème de la coexistence pacifique entre les peuples, chère au banquier et humaniste Albert Kahn.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour ses dimensions
HORIZONTAL / VERTICAL
Catalpa commun, Catalpa bignonioides Walter
Domaine départemental du Haras de Jardy, Marnes-la-Coquette
48°49’42.4″N 2°09’07.1″E

Ainsi penché, ce catalpa pourra toujours murmurer à l’oreille des chevaux. Ou bien alors à ce résineux, demeuré droit comme un piquet. Catalpa bignonioides a la croissance rapide, et des racines étendues, mais peu profondes, ce qui explique cette silhouette si souvent à front renversé… Sa branche la mieux placée vers le ciel lui confère de belles dimensions, à admirer au lieu, outre d’un haras, d’un parc voulu par le Département ouvert au plus grand nombre.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour son port
AMERICAN TREE
Cyprès chauve de Louisiane, Taxodium distichum (L.) Rich.
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, Arboretum,
Châtenay-Malabry
48°46’18.4″N 2°16’13.4″E

Si le point a été fait sur son écorce rougeâtre et crevassée, ce cyprès chauve est remarquable pour son port étalé qui se dessine dans le flou de l’image. Son nom tient à la différence qu’il cultive vis-à-vis d’une majeure partie de ses frères les conifères. Comme le mélèze, lui appartient aux caducs, autrement dit son feuillage n’est pas persistant. Après avoir revêtu une teinte rousse, son sommet se dégarnit pour rester « chauve » tout l’hiver. Il est l’emblème des marécages du sud-est des États-Unis, où prime son atout : ses pneumatophores, des excroissances boisées par lesquelles il capte l’oxygène. D’une espérance de vie théorique de 2 000 ans, ce sujet d’à peine plus d’un siècle a le temps pour lui.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour sa rareté
L’AVENIR DEVANT LUI
Aulne de Corse, Alnus cordata (Loisel.) Duby
Parc départemental des Chanteraines,
Villeneuve-la-Garenne
48°56’22.9″N 2°19’09.6″E

Cet Alnus cordata, endémique en Italie ainsi que dans certaines régions de Grèce, a été retenu par égard pour sa rareté en nos contrées. Et sa longévité ! Il n’a, certes, que quarante-cinq ans, et pourrait en vivre encore plus du double. Aux Chanteraines, d’anciennes carrières, des sols de piètre qualité nous ont, hélas, habitués à emporter les plus vénérables. Les racines de cet arbre, qui se répandent en surface plutôt qu’en profondeur, expliquent son extrême
vigueur. « Arbre d’avenir », il se démarque par ce houppier naturel, resté intouché par la main de l’homme.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour sa situation
L’ARBRE ROUGE
Copalme d’Amérique, Liquidambar styraciflua L.
Parc départemental André-Malraux, Nanterre
48°53’29.2″N 2°13’30.0″E

Il est peut-être l’unique copalme d’Amérique (du Nord) « remarquable » de tout un département. À l’image de celle de ses congénères,
sa ramure flamboie à l’automne, revêtant des teintes intenses et variées :
lie-de-vin avec du jaune, ainsi que sur l’image, de l’orange et du violet… Cet « arbre d’avenir », au tronc rectiligne se prolongeant jusqu’à la cime, marque au détour d’un chemin le flâneur par son élégance et sa vigueur.
Photo : CD92/Willy Labre

Pour leur aspect général
PRINTEMPS LAYETTE
Cerisiers du Japon, Prunus L. ‘Kanzan’
Domaine de Sceaux, parc et musée départementaux
48°46’10.9″N 2°17’46.8″E

Au Japon, les fleurs du sakura, cerisier d’ornement, symbolisent le printemps et la beauté éphémère. En avril, leur éclosion donne lieu à une cérémonie séculaire, Hanami, littéralement « regarder les fleurs », qui blanches et roses couvrent les deux bosquets du Domaine départemental de Sceaux. Si le cerisier du Japon ‘Kanzan’ est un cultivar assez répandu, une telle réunion de quelque cent-cinquante sujets en fait un groupe particulièrement distingué.
Photo : CD92/Julia Brechler

Pour ses dimensions
VISEZ-MOI CE GÉANT !
Séquoia géant de Californie, Sequoiadendron giganteum (Lindl.) J.T. Buchholz
Collège Les Ormeaux, Fontenay-aux-Roses
48°47’19.1″N 2°17’08.3″E

S’il est une chose qu’on enseigne en classe, c’est que les arbres sont les êtres vivants qui, bien au-delà du règne animal, sont les plus grands et les plus lourds. De la théorie à la pratique, il y a ce séquoia géant de Californie, au recoin d’une cour de collège. L’on ne sait rien de sa plantation, mais tout de ses mensurations : vingt-sept mètres de haut par cinq de circonférence sur seize d’envergure. Honorables, et ceci dit sans commune mesure avec celles de la Sierra Nevada (Californie), où le compteur s’envole à cent mètres de haut pour 2 000 tonnes…
Photo : CD92/Willy Labre

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