Le nouveau spectacle de Ditter, prix Chorus 2025, a été achevé au sein des studios de La Seine Musicale cet hiver. CD92/Olivier Ravoire
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LE LABO DES FESTIVALS, ACCÉLÉRATEUR DE  « GROS SONS »

Pour la 10e année consécutive, le Département accompagne et accueille à La Seine Musicale dans des conditions professionnelles des artistes émergents issus de ses différents programmes de soutien aux musiques actuelles. Un travail de fond toute l’année.

Par Pauline Vinatier

 

 

Au milieu de la « Petite Seine », vaste plage quand on ne l’occupe qu’à deux, Simon Beigelman a pris ses quartiers en compagnie de son « ingé son ». D’un côté le synthé et le PC, de l’autre sa trompette ; à portée de main un médicament pour sa voix dont il prend grand soin avant une session de « coaching vocal ». Avec sa professeur de chant, il compte revenir sur son répertoire en live, notamment sur son dernier titre Merci pour tout, une balade chantonnée à voix basse. « Je voudrais rester fidèle à l’interprétation de ce morceau tout en lui donnant un peu de dynamisme sur scène. » L’auteur-compositeur pop à la plume introspective a connu, ce qui transparaît dans la musicalité de ses textes, une première carrière de rappeur sous le nom de bgl. « À l’époque je reproduisais beaucoup ce que j’écoutais et j’étais plus pudique. Bgl, c’était un peu Simon Beigelman, mais qui n’osait pas. » À 28 ans, l’Antonien a depuis autoproduit deux EP dont Souvent, tout le temps, en 2025, sous cette nouvelle identité musicale.

Cet artiste indépendant a toute sa place au sein du Labo des festivals, programme de soutien à l’émergence, contemporain de l’arrivée, en 2017, du festival Chorus à La Seine Musicale. « Au-delà du côté événementiel de Chorus et de La Défense Jazz Festival, nous voulions disposer d’un outil à l’année pour continuer d’accompagner la création et la diffusion en nous appuyant sur les studios de La Seine Musicale », rappelle Antoine Pasticier, chef de projet « Musiques actuelles » au Département. « Un artiste confirmé ou avancé a toute une économie pour produire son spectacle, contrairement à nos résidents à qui nous offrons des conditions professionnelles » : le lieu, bien sûr, mais aussi l’encadrement par des techniciens et les cachets pour les cinq jours de résidence. Et cette émergence revêt bien des nuances comme le montre la variété des profils. Aux lauréats des Prix Chorus et du Concours National de Jazz de La Défense (CNJLD), programmés lors du festival suivant, s’ajoutent, pour chacune des deux sélections, des artistes non primés remarqués par les jurys. « En 2025-2026, nous avons accompagné La Valentina (sélection prix Chorus 2025) et les Moustik Haterz (sélection CNJLD 2025), qui viendront travailler leur live à La Seine Musicale début avril. » Enfin, la résidence constitue l’aboutissement du Parcours d’Accompagnement à la Professionnalisation des Artistes (PAPA), pour une sélection de quatre artistes du territoire chaque année, associant aide de 5 000 euros, tutorat sur mesure, rendez-vous professionnels ciblant la stratégie de développement et la structuration juridique.

 

Artiste de la sélection PAPA, Simon Beigelman a souhaité retravailler, avec sa prof de chant, son répertoire en condition de live.© CD92/Olivier Ravoire

COULISSES DE LA CRÉATION

Selon son souhait, non sans quelques sacrifices, le set de Simon Beigelman est sorti régénéré de ce bain en Petite Seine. Après avoir avancé titre par titre, l’artiste a travaillé l’équilibre de l’ensemble afin d’aboutir à un enchaînement d’une trentaine de minutes plus compact que les précédents : « Sur un tel format, on ne peut pas s’épancher. Il m’a fallu retirer certains morceaux, malgré leur valeur sentimentale, parcequ’ils étaient moins lisibles en termes de direction artistique. » Le moment est venu de se pencher sur les éclairages, les déplacements – « vouloir trop bouger est l’un de mes mauvais réflexes » – ainsi que sur les transitions pour amener « plus de naturel ». « Je fais des chansons mélancoliques mais dans la vie je ne suis pas quelqu’un de triste. Ça rejoint cette envie de s’assumer avec la maturité. » Le tout, dans un seul en scène, puisqu’il a renoncé à se faire accompagner d’un claviériste pour élargir ses horizons en live : « Avec ce solo j’espère être plus autonome et plus mobile pour faire des premières parties ou des festivals. » Dans l’immédiat, Simon Beigelman participe au volet « émergence » de Chorus aux côtés des artistes PAPA Yasmine Meddour, Copilote et Akata Kolo Orchestra. Le rendez-vous est fixé pour lui au vendredi 10 avril, avant la tête d’affiche Louane. Jauge : 5 000 personnes. « Ce sera certainement intimidant mais je me bagarre pour ce type de challenge ! » Au moment du reportage, l’artiste se préparait aussi à livrer son showcase de fin de résidence, devant une poignée de professionnels du territoire et de la filière, un échauffement rêvé avant les auditions régionales des Inouïs du Printemps de Bourges, pour lesquelles il avait été sélectionné.

 

«  UN ARTISTE CONFIRMÉ A TOUTE UNE ÉCONOMIE POUR PRODUIRE SON SPECTACLE, CONTRAIREMENT À NOS RÉSIDENTS. »

À ce regard averti s’ajoute celui, plus naïf, des invités VIP conviés à ces restitutions, une nouveauté 2026 du Labo. « L’objectif est de faire découvrir les coulisses de la création et le principe de la résidence au grand public qui est accueilli de façon privilégiée et peut échanger avec de potentielles futures stars ! » Pour la restitution de Ditter, lauréat du prix Chorus 2025, patientent ainsi Dylan et Corentin, aux premières loges derrière la console, ou Anne-Claire, curieuse d’explorer l’offre de La Seine Musicale : « J’étais venue pour des spectacles mais jamais pour un concert ; je suppose qu’ils sont bons dans leur domaine ! » Le showcase qui va suivre, intégrant des titres du dernier EP Cringe is the new sexy, a demandé plusieurs mois de travail au trio de « pop combative », connu pour sa ligne énergique et engagée. « La résidence est arrivée à point nommé pour peaufiner ce set que l’on manipule depuis un moment, raconte François. À partir d’une liste de points à affiner, il y a eu beaucoup d’échanges sur le tas avec Philippine et Simon (leurs ingénieurs du son, NDLR). » 

 

Star des séquences électro, ce « contrôleur midi » construit sur mesure pour Ditter a été financé par la dotation du Prix Chorus.© CD92/Olivier Ravoire

« CRASH TEST »

Après s’être contenté à ses débuts d’une simple boîte à rythme, grâce à la dotation de 10 000 euros du Prix Chorus, Ditter a pu investir dans du matériel afin d’aller au bout de ses ambitions sur scène : un synthé moog et ce contrôleur midi « construit sur mesure par Hackin’toys » qui fait briller les yeux des garçons. Lors des séquences électro, juchés face à face sur une plateforme, bassiste et guitariste modulent des effets en direct sur ce joujou raccordé à l’ordinateur. « Il s’agit d’un instrument à part entière, comme si l’on jouait d’une autre guitare. Le son a une grande amplitude, un peu gros sur les basses, acide dans les aigus, c’était l’élément parfait pour faire évoluer le live », savoure Samuel. À 19 h 30, place au « crash test » en public. Entre plages mélodiques, déchaînement de cordes, émotion du chant, vibration des basses et pulsations électro, le groupe montre l’étendue de sa palette aux spectateurs qui, abandonnant toute réserve, se mettent à danser et à reprendre, encouragés par la chanteuse Rosa, l’hymne Lalala Song – l’interaction est décidément la marque du projet Ditter. Le 10 avril à Chorus, les trois « enfants de chœur » présenteront ce nouveau spectacle, de retour « un an après », fidèles à eux-mêmes mais bien changés. « Le Prix Chorus et le FAIR (un dispositif d’accompagnement national, NDLR) nous ont chacun permis d’évoluer sur des points différents ; depuis nous avons beaucoup gagné en autonomie », dit Rosa. Un œil sur leur smartphone, ils voient les dates tomber  jusqu’en septembre et pas des moindres, si l’on prend La Maroquinerie, ce 13 mars – « un rêve pour beaucoup de gens de la scène indé ». Y compris à l’international « hors francophonie » après leur participation en janvier au festival de jeunes talents européens Eurosonic, se réjouissent-ils. « Un tremplin n’est jamais une fin en soi, rappelle David Ambibard, programmateur des festivals du Département, venu retrouver ses poulains en résidence. On le voit avec Ditter : le Prix est utile quand il sert d’effet de levier et d’accélérateur de particules. » 

www.hauts-de-seine.fr
Instagram.com/simon_beigelman
Instagram.com/ditter
Sessions privées gratuites sur réservation les 8 mars (Moustik Haterz, jazz fusion), 25 mars (Yasmine Meddour, chanson kabyle), 26 juin (AMG, jazz spiritual).

 

UN VOLET D’ACTIONS TERRITORIALES

Le Labo des festivals entrecroise l’accompagnement des artistes émergents et celui des publics en deux volets complémentaires. La création participative de Gauthier Toux, lauréat du CNJLD 2016, avec des danseurs amateurs du territoire, présentée ces 11 et 12 avril à Chorus, illustre cette synergie. Autre exemple, l’intervention d’artistes PAPA auprès des publics « des solidarités » et des jeunes, comme Simon Beigelman, qui se souviendra de son concert en maison de retraite – « il est difficile de trouver un public auquel on fait autant plaisir » – et se fait une joie d’animer un atelier à Antony dans son ancien collège ! Des parcours d’éducation artistique et culturelle variés s’adossent par ailleurs aux festivals : focus Hip-Hop pour 200 jeunes avec 15 partenaires des communes, coups de cœur Prix Chorus des collégiens et Jeune jury du Jazz, ateliers « Roue Libre – une Radio vélo » animés par des personnes en situation de handicap…

 

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