Avec sa nouvelle Stratégie nature 2026-2030, le Département va métamorphoser le cadre de vie des Alto-Séquanais en créant une trame végétale irriguant le territoire de part en part.
Par Nicolas Gomont
En 2021, le Département s’était doté d’une feuille de route pour préserver son patrimoine naturel et l’amplifier à l’horizon 2025. Les nouveaux parcs départementaux de la Roseraie, à Châtenay-Malabry, ou Gauthier-Mougin, à Boulogne-Billancourt, en sont les exemples les plus récents. L’objectif est désormais de franchir un nouveau cap. « Face au changement climatique et à ses effets, avoir de l’ambition n’est pas seulement nécessaire : c’est une responsabilité collective, souligne le président du Département, Georges Siffredi. En renforçant la place de la nature sur notre territoire, nous faisons le choix d’un département plus résilient, plus agréable à vivre et plus solidaire, où chacun peut bénéficier de lieux de respiration facilement accessibles. » Le Département s’engage ainsi à créer 20 hectares supplémentaires, portant les Espaces Naturels Sensibles (ENS) à un total de 658 hectares d’ici à cinq ans pour l’ensemble du territoire. Articulée à l’Agenda 2030 du Département et à ses projets de voirie comme Cœur&Seine, la Stratégie nature se déploie en concertation étroite avec les villes. « La stratégie territoriale est associée à une stratégie foncière », précise Éric Goulouzelle, le directeur de la nature et des paysages au Département. En effet, le territoire départemental recèle un vivier de terrains potentiels à mobiliser. « Cela implique un travail minutieux de superposition de données géographiques, topographiques, d’occupation des sols issues du cadastre pour dénicher le foncier au service de cette stratégie. Sans doute, nous hériterons de friches industrielles délaissées par l’urbanisation. »
DELTA VERT
Au droit de l’échangeur de l’A14-A86 à Nanterre, le jardin des Papeteries, la portion du Grand Parc du Chemin-de-l’Île inauguré le 3 juillet, est de celle-là. D’ici 2030, le Delta Vert, prolongement de l’Axe historique dans le secteur du Champ de la Garde, rétablira une double continuité physique et paysagère dans un paysage longtemps « zébré » d’infrastructures, notamment ferroviaires, jetant des ponts avec le parc de La Défense en pleine éclosion (voir HDS n°8) et les Terrasses de Nanterre. « Sa réalisation est complexe et implique des contraintes d’ingénierie particulièrement fortes, une part importante du site, et non la moindre, se situant sur dalle, détaille M. Goulouzelle. À l’inverse, le cœur du parc s’implantera hors ouvrage, d’où l’aménagement d’une pièce d’eau en pleine terre, un élément appelé à devenir une signature autant qu’un repère. » Porté par Paris La Défense, maître d’ouvrage de la Zac Seine-Arche, le projet associe le Département, en tant que futur gestionnaire.
« COLLIERS DE PERLES »
À Rueil-Malmaison, il s’agira de raviver le passé agricole de tout un territoire. Confondu dans la forêt de la Malmaison et les domaines de Bois-Préau et de la Malmaison, le vallon des Gallicourts était un haut lieu d’agriculture, de l’époque gallo-romaine et jusqu’à récemment encore. Maraîchage, arboriculture, horticulture ont marqué l’identité du site, que le Département entend valoriser. « La Stratégie nature en fait un parc démonstrateur d’une agriculture urbaine renouvelée, explique M. Goulouzelle. Avec ses grandes pentes, ses qualités de belvédère sur la vallée de la Seine, il représente l’un des ultimes espaces de qualité, où subsiste un terreau pour des formes d’agriculture urbaines. » Cet écrin de verdure accueillera ainsi le premier paysan depuis la disparition de la profession dans les Hauts-de-Seine. À l’opposé de sites préservés comme les Gallicourts, la Stratégie concerne aussi des paysages urbains dégradés comme l’échangeur de la Manufacture de Sèvres, ‒ une opération en cours de requalification qui renouvellera le paysage ou le boulevard Patrick-Devedjian, à La Défense. Antidote aux îlots de chaleur, le parti pris paysager de cette route départementale qui cerne le quartier d’affaires s’appuie sur une logique dite de « collier de perles » ; des « greffons paysagers » marqueront demain le parcours urbain en un chapelet de promenades et de portes le reliant à Puteaux, transmuant un lieu de transit en un paysage « traversant et habité ». L’opération commencera en 2027.

DU NORD AU SUD, UNE PROMENADE VERTE DE 50 KM
La Stratégie nature 2026-2030 marque l’introduction d’une logique de « système de parcs et de promenades », en lieu et place de parcs et jardins isolés les uns des autres.

D’un côté, il y a la volonté d’un maillage d’espaces interconnectés tant entre eux qu’aux gares et aux pistes cyclables du Plan Vélo départemental. De l’autre, l’impérieuse multiplication des corridors écologiques, sorte « d’autoroutes à migrateurs » pour lutter contre l’érosion de la biodiversité. « De Gennevilliers à Antony, la Promenade verte de 50 kilomètres et ses ramifications doivent répondre à tous ces enjeux », souligne M. Goulouzelle. De la trame verte (voir carte), elle sera l’ossature, reliant entre eux les parcs départementaux, les forêts domaniales, les grands paysages et les quartiers. Une maîtrise réfléchie du foncier matérialisera ce qui n’est encore visible qu’à vol d’oiseau, exception faite des berges entre Nanterre et Rueil, déjà contiguës. Les gares devront constituer un point d’appui, si ce n’est la porte d’entrée vers ce couloir de nature. « Nous prévoyons ainsi la création et la mise en valeur de nouvelles promenades. Ces itinéraires pourront emprunter les berges de Seine, des voiries végétalisées, des coulées vertes ou des chemins existants, où la signalétique, la qualité paysagère seront améliorées. » À cette Promenade verte en partie ouest répondra le Parc Bleu de Seine, en partie est. Le Département a, de longue date, fait de la reconquête du fleuve et de ses rives un enjeu d’attractivité ; elle se poursuivra par phases sur huit kilomètres autour de linéaires encore à ce jour fragmentés : àVilleneuve-la-Garenne, Asnières, Courbevoie, Gennevilliers et Boulogne


CONCEVOIR L’« ARCHIPEL VERT »
Avec près de 2 000 parcelles de petite taille, artefacts résiduels ou routiers, éclatés voire atomisés, le Département dispose de vingt-cinq hectares de « jardins de poche », diffus, mais profondément inscrits dans le quotidien des habitants. L’aménagement et la gestion de ces sites seront assurés au plus près de leurs besoins, qu’ils soient des espaces de détente, des carrefours plantés ou des micro-espaces de nature. Si elles répondent à un enjeu local de verdissement, ces emprises ne pourront être cédées qu’à condition d’être changées en espaces publics végétalisés. En parallèle, le Département poursuivra la transformation des cours des collèges en « îlots verts » et réfléchit à ouvrir des « poches de nature » fermées au public ou sous-utilisées ; des conventions pourraient être conclues en ce sens avec des propriétaires publics ou privés, en priorité au sein des zones blanches « carencées en vert ».
UNE « AVENUE PARC » À GENNEVILLIERS
Aux abords de la RD 20, sur une parcelle acquise en vue de son élargissement depuis abandonné, le projet d’« Avenue Parc » vise à transformer une coupure urbaine par la recomposition de près de deux kilomètres de linéaire routier. Moins simple qu’il n’y paraît, ce projet pose les bases d’un principe fondateur, ainsi résumé par Éric Goulouzelle : « C’est la voiture qui traversera un parc et non le végétal qui bordera une route ». Ce projet de 4,5 hectares prévoit la plantation d’une palette végétale diversifiée, qui facilitera les infiltrations des pluies et réduira ainsi le risque de ruissellement.
VERS DES PARCS AUTONOMES
L’horizon 2030 verra l’avènement de parcs sobres en énergie et en eau, capables de produire par eux-mêmes les ressources nécessaires à leur gestion.

Manière de rupture dans la continuité, le « parc autonome » incarne une nouvelle génération d’espaces départementaux, tant il est vrai, malgré les efforts consentis, qu’ils restent dépendants de la ressource extérieure. Or, les vagues de chaleur plus fréquentes, la raréfaction de l’eau, l’érosion de la biodiversité et les vives attentes citoyennes imposent de repenser les pratiques. « Cette notion permet de braquer les projecteurs sur la gestion des parcs, encore trop peu attrayante et trop peu investie à ce jour », dit M. Goulouzelle. D’ici à 2030, trois sites feront le grand saut, retenus parce qu’ils présentent du bâti non classé propice à la pose de panneaux solaires et une surface suffisante à même de recueillir l’eau de pluie. « Un état des consommations est en cours sur les parcs du Chemin-de-l’Île, à Nanterre, Pierre-Lagravère, à Colombes et les Chantreraînes à Villeneuve-la-Garenne et Gennevilliers », précise M. Goulouzelle.
DÉPLOYER UN « PLAN CANICULE
Les parcs jouent un rôle primordial de refuge en période de forte chaleur. Grâce à leurs sols perméables et à leur couverture végétale ils retiennent l’eau de pluie, stockent la fraîcheur et contribuent à rafraîchir l’air ambiant. Le Département déploiera un plan Canicule intégrant des dispositifs de rafraîchissement (zones d’ombre, brumisateurs, fontaines) et l’aménagement d’espaces de repos.
FAIRE DE L’ARBRE UN MARQUEUR PAYSAGER
30 000 nouveaux arbres seront plantés d’ici 2030 en mobilisant l’ensemble des propriétaires fonciers publics et privés.

Symbole de résilience urbaine, l’arbre est la nature du quotidien des habitants qui profitent de ses bienfaits sur la santé et le cadre de vie. Avec un objectif chiffré de 30 000 nouveaux sujets d’ici 2030, contre 19 000 sur la période 2021-2025, le Département affirme sa vision dans la continuité de son Guide de l’Arbre lancé en 2025 pour mieux protéger et valoriser ce patrimoine vivant. « Ce volontarisme résume à lui seul notre passage à un niveau d’ambition supérieur, souligne M. Goulouzelle. Planter mieux et planter plus fort suppose de quitter la notion de propriété départementale pour penser plus globalement le territoire. » Ces plantations ne prendront pas place uniquement parmi les alignements le long des routes ou les parcs et jardins existants, mais s’inscriront également dans des démarches partenariales avec, par exemple, le bailleur Hauts-de-Seine Habitat ou dans le cadre du programme de requalification Quartier d’avenir. Cette méthode sera appliquée pour le parc Léonard-de-Vinci, à Châtenay-Malabry, les espaces publics du quartier Barbusse ou le parc de la Cité des Poètes, tous deux à Malakoff, le Petit-Colombes ou le centre-ville même de Villeneuve-la-Garenne, pour une plantation totale de près de 2 500 arbres de toutes essences. « Les Hauts-de-Seine se distinguent en fixant la valeur des arbres parmi la plus élevée de France. Cette approche permet de sanctionner plus fermement les dégradations et d’affirmer la valeur patrimoniale des arbres. Dix seront d’ailleurs labellisés “Arbres remarquables” par l’association A.R.B.R.E.S. (référence nationale en matière de reconnaissance des arbres d’exception, NDLR) au mois de septembre prochain. » Ainsi, seront reconnus le catalpa, sans doute planté par Chateaubriand en sa maison de Châtenay-Malabry, ou le bosquet remarquable de cerisiers Sakuras, au Domaine départemental de Sceaux.
DÉMULTIPLIER L’ANIMATION DANS LES PARCS
Le Département entend offrir à chaque habitant la possibilité de s’approprier la nature comme un temps de découverte, d’émotion et de transmission intergénérationnelle.

Autour d’un référentiel pédagogique commun, tout un programme structuré d’éducation à la nature permettra de nourrir un rapport plus sensible au vivant, fondé sur l’observation, l’émerveillement et le sentiment de responsabilité partagée. Point fort plébiscité par les visiteurs, les animations se verront accrues dans les parcs, jusqu’à cinq cents par an. Elles s’articuleront autour de trois programmes bien distincts : « le patrimoine grandeur nature » centré sur les visites guidées et des rencontres culturelles ; « l’École de la nature » orientée vers l’éducation des jeunes publics ; « l’Académie des savoirs jardiniers », dédiée au partage des pratiques écologiques. « Nous réfléchissons aussi à une amplification des horaires d’ouverture, proposer des événements nocturnes, dans le sillage de la Nuit des parcs ayant rencontré un grand succès en 2025. Les Alto-Séquanais ont pu découvrir à cette occasion une vie nocturne incroyable. » La floraison printanière des cerisiers de Sceaux s’y prêterait, avec « Hanaminuit », toujours dans le respect nécessaire des milieux naturels. « L’éclairage sera, par exemple, réfléchi avec des écologues et naturalistes, afin de limiter le dérangement de la faune, comme les chauve-souris, par exemple. » Le Département continuera enfin à participer aux grands rendez-vous nationaux, tels que la Fête de la Nature ou la Semaine du développement durable, en y associant sa propre identité.