Entamé début septembre, le réaménagement par le Département de la place Georges-Clemenceau, à Saint-Cloud, vise à simplifier les déplacements ainsi qu’à rendre au site son caractère patrimonial.
Par Pauline Vinatier
Une vaste et double opération, l’une des plus ambitieuses du projet départemental « Cœur&Seine », destiné à transformer les mobilités en bord de fleuve, a débuté rive gauche. Le coup d’envoi des travaux de la place précédera la transformation en boulevard urbain de la RD 7 sur 3,3 kilomètres, depuis cette même place jusqu’au pont de Suresnes, dernier segment modernisé d’un axe incontournable du territoire. Si la place bénéficie d’une préséance sur la route, c’est que doit s’installer à ses abords, courant 2028, le musée du Grand Siècle, porté également par le Département. « Aujourd’hui, ce que l’on nomme place Clemenceau correspond en réalité à un vaste échangeur routier, qui voit passer d’importants flux de transit, sur la RD 7 et depuis Paris vers l’A13, sans parler du trafic local (sur la RD 907, reliant le centre-ville au pont de Saint-Cloud, NDLR), explique Philippe Caron, directeur des mobilités au Département. L’objectif est de restituer à cet endroit son caractère de place et de lieu de vie. »
Le XXe siècle automobile a eu tôt fait de grignoter ce front de Seine, avec l’aménagement, dès 1935 au départ de la place, de l’autoroute de Normandie – première du pays – puis au tournant des années 1970, le percement d’un tunnel sous celle-ci et la construction du viaduc qui relie l’A13 au périphérique parisien. Le bitume ayant recouvert les traces de son histoire prestigieuse, la place apparaît comme une juxtaposition de voies, de bretelles et de tunnels. On ne se souvient guère qu’elle naquit vers 1680 à l’embouchure de l’avenue du Palais qui menait, par la colline de Saint-Cloud, au château de Monsieur, frère du roi (et dessert actuellement les bureaux de la Colline érigés dans les années 1960 à la place d’un pan entier du vieux Saint-Cloud) ni qu’elle devint, sous la Restauration, la « place d’Armes » de la caserne Sully qui protégeait ce même château (disparu). On peine à croire que plus tard, au début du XXe siècle, les Parisiens en villégiature à Saint-Cloud venaient tout exprès pour ses cafés, restaurants et salles de bal…

CIRCULATIONS APAISÉES
Dès 2025, la réfection du pont, et celle du tunnel du tramway T2 par la RATP, puis le déplacement des réseaux enterrés, avaient donné le « la » du chantier. Début septembre les grandes manœuvres vont débuter au niveau du futur parvis. « Le parvis doit accompagner une étape importante pour le musée du Grand Siècle : l’arrivée des œuvres, ce qui implique d’avoir aménagé une voie dédiée. Cette première étape devrait se terminer fin octobre 2027 », précise le chef de projet Sébastien Beaucamp. Plusieurs ouvrages d’art devront être remaniés et le secteur sera « remis à plat ». Seront supprimés le tunnel piéton vers le Domaine national de Saint-Cloud et le tunnel de la RD 907, mais aussi « l’escargot routier » de l’avenue de la Grille d’Honneur menant au Bas-Parc, dont le nouveau tracé traversera le parvis dans une « zone de rencontre », où les véhicules rouleront au pas. Entre-temps, les jalons de la « place tournante » attenante au parvis auront été posés, garantissant la continuité des circulations jusqu’à la fin du chantier. « Avec la fermeture de bretelles de la RN 118 au niveau de l’échangeur de la Manufacture de Sèvres (autre chantier « Cœur&Seine » en cours, NDLR), il fallait des solutions de repli. À Saint-Cloud, malgré des adaptations, des feux et des zigzags, l’ensemble des flux seront conservés. » En lieu et place du carrefour complexe, un giratoire à trois voies, opérationnel courant 2028, garantira à chaque mode de déplacement un parcours lisible et confortable dans une ambiance apaisée. Le périmètre des travaux englobe également la gare routière, au nord, dont la modernisation constituera le dernier volet du réaménagement de la place à proprement parler, en 2029. « Aujourd’hui, lorsqu’on arrive du tramway ou de la gare SNCF de Saint-Cloud, il faut traverser un nœud routier pour se rendre à l’autre bout. L’objectif est d’accompagner les visiteurs depuis les transports en commun jusqu’au domaine et au musée », souligne Sébastien Beaucamp.
UN GIRATOIRE À TROIS VOIES GARANTIRA À CHAQUE MODE DE DÉPLACEMENT UN PARCOURS LISIBLE ET CONFORTABLE
OUVERTURE SUR LE FLEUVE
Afin de faciliter les déplacements des piétons et des cyclistes, des feux sécuriseront les traversées et les usagers évolueront sur un plateau surélevé par rapport au reste de la chaussée, dont le revêtement grisé fera office de signal pour les automobilistes. « Ils réaliseront qu’ils ne sont plus tout à fait sur une route. En l’absence de rupture de niveau, on pourrait presque dire que la voirie intègre la place et inversement », estime Philippe Caron. Les piétons se sentiront d’autant plus les bienvenus qu’ils traverseront de part en part le rond-point, dont l’îlot central leur est réservé. « Se contenter d’un espace planté, avec une fontaine ou une statue en son centre, les aurait obligés à faire le tour, ce qui aurait été contraire à l’esprit d’une place. » Quant aux cyclistes en provenance du centre-ville, ils pourront contourner le rond-point et longer le parvis, côté Seine, en empruntant des pistes bidirectionnelles de deux à trois mètres de large, nettement différenciées des flux piétons. Les continuités cyclables seront assurées vers le pont de Saint-Cloud et, par la suite, vers l’échangeur de la Manufacture et vers Suresnes, dans le cadre du réaménagement de la RD 7 de la ville au fleuve, maillon du parc Bleu-de-Seine le long des berges alto-séquanaises. Envisagée à partir de 2029, cette opération comprendra une promenade sur les quais bas à hauteur de la place. « Les berges sur la place et le long de la RD 7 seront totalement reconfigurées, ouvertes aux modes doux et végétalisées pour que les habitants se réapproprient le fleuve, de nos jours masqué ou inaccessible », explique Philippe Caron.

L’ambition est aussi de faire advenir une « place jardin », arborant des matériaux nobles et chaleureux. Des parements aux sols, elle se traduit par le choix du calcaire de Comblanchien, tandis que le grès de Fontainebleau tapissera l’avenue de la grille d’Honneur. Quelque vingt-sept arbres pourront par ailleurs être conservés, dont les grands platanes du parvis, et soixante-cinq nouveaux sujets de belle taille redonneront un caractère arboré à la place, « très verte auparavant ».
Au-delà de ce chantier « Cœur&Seine », une intervention « connexe », portée par le Département en accord avec la Drac et le Centre des monuments nationaux, doit permettre, à terme, de rétablir les accès vers le parc de Saint-Cloud. Le tunnel souterrain que les piétons se voyaient contraints d’emprunter, aura été en effet comblé au début des travaux. « La limite du parc sera avancée à un emplacement indiqué par les Monuments historiques qui correspond à une position intermédiaire ancienne, de façon à venir s’aligner sur celle du parvis », indique Sébastien Beaucamp. Marquant cette limite embellie, « une magnifique grille impériale restaurée, aux pointes dorées » participera à la majesté retrouvée de la place. Enfin, entre la place et le Bas-Parc, le relief sera retravaillé en pente douce, une double rangée d’arbres plantée pour dissimuler le mur de soutènement du musée et agrémenter la promenade, et une nouvelle entrée aménagée qui ouvrira le domaine sur l’établissement culturel.