Chaque année, le haras départemental est le théâtre du « Trophée Aventure – Hauts-de-Seine », où les 4e des collèges volontaires s’adonnent dans cet écrin privilégié à des activités de pleine nature. Au menu, du sport bien sûr, mais aussi de la stratégie et de la cohésion d’équipe.
Haletant, Anton, 14 ans, tâche de raisonner sa victoire écrasante. Alors déjà, il y a ses « cinq années d’athlétisme ». Et puis, modeste avec ça, son « binôme a été bon aussi ». Le Chavillois, vainqueur en 6’08’’, ne fit décidément qu’une bouchée de ce « Bike & Run » lancé fin mai en forêt de Fausses-Reposes. En deux petits tours de piste, l’un à VTT, l’autre en tennis, l’activité hybride requiert peu de prérequis. « C’est un travail de binômes, qui partent ensemble, arrivent ensemble, en ayant pris garde entre temps d’établir une stratégie : se relayer ou non, en fonction des prédispositions des uns et de la fatigue », décrypte William Vicogne, éducateur sportif. Cohésion, entraide… Les attendus ne s’avèrent pas si étrangement extrasportifs. « C’est ce qui se travaille en EPS, plus encore que la performance aujourd’hui. » Les moins aguerris invités à « jouer la participation », réhabilitent, outre ses bienfaits, ses plaisirs ; car en définitive, la satisfaction de Nina*, qui n’en voyait pas le bout de cette boucle, vaut bien celle d’un Anton triomphant…

Tir à dix mètres
Le Domaine départemental du Haras de Jardy et sa forêt attenante offrent année après année un terrain palpitant au « Trophée Aventure ‒ Hauts-de-Seine » des collèges. « En 2025-2026, ce dispositif comprenant cinq épreuves sur une journée et un classement général a vu se défier en dix jours 98 classes, explique Christelle Ruster, responsable unité sport scolaire au Département. Pour les plus impliquées, il représente leur projet de classe de l’année ; pour d’autres, simplement l’occasion de découvrir de beaux sites domaniaux. » À l’en croire, une lame de fond travaillerait à renforcer l’intérêt d’une pareille compétition. De « moins en moins » d’adolescents pratiquent une activité sportive régulière, quand d’autres n’auraient jamais appris le vélo. Alors, pour garantir l’équité, des épreuves auront été rendues, tel le Bike & Run, « plus accessibles ». Non loin du centre de loisirs et de son infirmerie, se dispute un biathlon « nordique »… en pleine prairie. La course a ici tout bonnement remplacé le ski. « C’est une épreuve brève et intense, détaille Benoit Aubry, référent de l’atelier, le cardio étant pondéré par une discipline de précision : le tir au “Kiwi” ! » Une démonstration a précédé un « brief », ayant permis aux candidats au carton plein d’appréhender ce fusil laser du nom du fruit. « Le tir permet aux élèves peu endurants de s’exprimer tout de même, d’apporter un plus à leur équipe. » Celles-ci ont la vertu d’être mixtes, filles-garçons, mais encore au sein de l’Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) de Jean-Macé à Chaville, valides-jeunes en situation de handicap. « Nous dénombrons deux élèves autistes, l’un diagnostiqué, l’autre non, indique Joffrey Moncomble, le professeur d’EPS. L’atout fort de cette classe, c’est son ouverture, son état d’esprit. » Décidément, les plus en difficulté se voient rebectés, préférablement que rabroués. D’autant que le tir à dix mètres n’est pour quiconque une formalité. « C’est facile…, jusqu’à ce que l’essoufflement des 120 m de pénalité s’en mêle », sourit M. Aubry. La faute à « quelques ratés », concède M. Moncomble, le record de 1’18’’ à battre ne sera pas tombé ce jour-là. « Si ce n’est des séances de natation-sauvetage, notre collège de centre-ville offre peu d’occasions de pratiquer des activités en dehors de son enceinte. Alors, quel que soit le dispositif départemental, nous y participons volontiers. » Migrant d’atelier en atelier, entre deux menées, les champions se requinquent. Des chevaux de selle qui depuis leur paddock les observent, semblent compatir à leur sort.
DE MOINS EN MOINS D’ADOLESCENTS PRATIQUENT UNE ACTIVITÉ SPORTIVE RÉGULIÈRE.

Pas de ninja
« Vu à la télé » , le ninja – une nouveauté inspirée de l’émission Ninja Warrior – suscite pour sa part hâte et appréhension. Et puisqu’il est plus facile à décrire qu’à faire, Thibaut Pignon se lance, confiant : « Le parcours consiste en des pas ninja, une poutre, des anneaux, une roue et, enfin, un trapèze », le but étant de « buzzer » avant le timeout fatal de 1’30’’. L’éducateur sportif encadrant ne soufflera mot des astuces de son expérience – « squeezer un agrès, comme l’anneau, qui prive de tout élan… », ajoutant sciemment une dimension cérébrale de lecture des blocs au casse-tête physique. Cependant que ses camarades affrontent un mur d’échecs, pour Benit, 14 ans, ce fût une promenade de santé. « C’était simple, confie le Chavillois, tout de même karatéka. La clef, c’est de ne pas réfléchir, de prendre son risque. » Future discipline olympique – en lieu et place de l’équitation au pentathlon – le ninja exerce les bras au moins autant que la précision de jambe, consolide la vélocité au moins autant que l’explosivité. Thibaut Pignon l’a, comme Christelle Ruster, remarqué : « Malgré les incontournables disparités entre classes, on observe une carence générale au niveau du haut du corps. » Tout n’est heureusement pas, on l’a vu, qu’affaire de physique. Nouveauté 2026, un atelier où la stratégie le dispute à la cohésion d’équipe. Affectés à la résolution de tangrams, s’en approchant sans jamais y parvenir, Alister, Augustin et Gaaldric calent sur un puzzle élémentaire en forme de sapin. « Il nous manque une partie du cerveau », cingle Alister, décidément frustré. À en croire Nisar Bououne, éducateur sportif, il était écrit qu’ils échoueraient, faute de leader et de plus de coordination. L’ironie veut que Simon*, leur camarade affecté, lui, à la course de ski en tandem, y soit parvenu, par blague et du premier coup. « Cet atelier est le fruit de longues années de réflexion, en vue de donner à tous les élèves leur chance, en dehors du cadre sportif. » Christelle Ruster : « Les professeurs tombent souvent des nues, constatant que leurs élèves ne s’écoutent pas les uns les autres, peinent à mettre une stratégie en place. » Cette année, il s’agira une fois de plus d’apprendre à communiquer, autrement qu’avec Snapchat.
Nicolas Gomont
*le prénom a été changé.