CD92/Olivier Ravoire
Posté dans AMÉNAGEMENT

LES PAPETERIES S'OFFRENT UN NOUVEL AVENIR

Né d’une friche à Nanterre, le jardin des Papeteries a intégré le parc départemental du Chemin-de-l’Île en juillet, où ses quelque quatre hectares opèrent une jonction avec les jardins familiaux jusqu’alors enclavés en bord de Seine.

Par Nicolas Gomont

 

 

Repiqués par-ci par-là, les bouleaux papyrifères – dont les squames faisaient pour les autochtones d’Amérique office de papier – n’ont plus à craindre d’y laisser leur « peau ». Le temple élevé à la gloire de la pâte à papier – les Papeteries de la Seine, désaffectées en 2011 – n’est plus. Longtemps marqué par ce passé industriel, avec ses hangars imposants et ses bassins décanteurs creusés en profondeur -, le paysage transformé en conserve désormais jalousement la trace. « Outre ce clin d’œil végétal à l’histoire du site, nous tenions à tirer parti de sa topographie initiale, héritage des bassins purgés avant leur démolition, explique Thierry Bouchet, chef de projet paysager au Département. Ce vallon est un atout, en cela qu’il crée une dynamique, une incitation à fouler ce terrain escarpé » ; son relief dérobant ses richesses à la vue de qui n’oserait en franchir l’accès. Et vice-versa, puisque l’urbanité affleurante au cœur de Nanterre joue à cache-cache, au gré de ces buttes et de ces creux, ménageant un foisonnement de panoramas sur La Défense, la préfecture ou les vestiges des ponts roulants des anciennes Papeteries… « Pensé comme un lieu de calme et de contemplation, ce second Jardin des Papeteries (la première tranche, une coulée verte entre le quartier République et la Seine, est ouverte au public depuis 2023) est un espace privilégié pour la promenade et l’observation de la nature, explique Georges Siffredi, le président du Département. Il démontre qu’il est possible de convertir une friche industrielle par une opération de reconquête écologique exemplaire – et le soutien apporté par l’État au titre du Fonds vert (80 % du montant global, NDLR) en atteste. »

 

Comme le parc originel, auquel il est relié par de nouvelles allées, le Jardin des Papeteries ménage de vastes pelouses, sur le point de germer.© CD92/Olivier Ravoire

MARES (AUX CANARDS)

En vue d’en accentuer les modelés, une partie des remblais de l’écocampus de l’Arboretum tout proche, a été, « en partie haute seulement », épandue. Donnant par là même naissance au Belvédère, point haut sur le bas-parc et, par-delà la Seine et l’Île Fleurie abondamment boisée. En front de fleuve depuis 1904, le bâtiment des Pompes, qui tirait l’eau de l’usine, se cherche encore un avenir. « À vrai dire, il n’y a pas un, mais deux bâtiments, dont une greffe des années 50, précise M. Bouchet. Le plus ancien, doté d’une grande verrière, est une trace dont la conservation nécessite des études supplémentaires. » À son pourtour, le passé industriel ravivé par les cartels de la Société d’Histoire de Nanterre le dispute au fil directeur du projet qu’est l’eau. À ce titre, trois étangs reliés entre eux ont pris place au creux de la grande dépression. « Au parc du Chemin de l’Île, l’élément est omniprésent, rappelle Éric Goulouzelle, directeur des parcs, des paysages et de l’environnement au Département. L’eau est extraite du fleuve par une vis d’Archimède, mise en scène dans des bassins filtrants, avant de rejoindre le petit bras et le jardin des Touradons. » De là, elle abonde lesdites mares. Munis de clapets antiretour, un astucieux système de remontées de nappe complète au besoin leur niveau – fixé à 80 cm pour éviter toute « atrophie de l’eau ». Éveillant toute âme d’enfant, de petits cheminements à pied sec la parsèment, permettant de scruter la faune et la flore lacustres. En vertu de la gestion différenciée en vigueur – en prévision d’une labellisation par EcoCert, la démarche étant d’ores et déjà engagée – les abords bénéficieront d’un faucardage biannuel respectueux de sa biodiversité. Déjà, de petits reptiles comme les lézards peuplent les anfractuosités de l’épais mur en meulière, vestige des Papeteries parti pour tomber et, finalement, restauré sur sa plus belle portion.

 

N’EN FINISSANT PAS DE GRANDIR, LE PARC DU CHEMIN DE L’ÎLE PRÉPARE UNE NOUVELLE POUSSÉE À LA DÉFENSE : LE DELTA VERT

FLORE SPONTANÉE

La mise à bas du pan faisant face à la Seine est, pour sa part, venue poser des jalons pour l’avenir. « Au droit des berges se trouve une estacade, dont le Département n’est pas à ce jour propriétaire. En attendant un potentiel aménagement, une grille a été érigée, de façon à assurer la sécurité et la fermeture nocturne du parc. » Excepté les bosquets papyrifères (4 % du couvert végétal), le Jardin des Papeteries reconstituera à terme la palette végétale du parc qu’il vient prolonger. « Le Chemin-de-l’Île n’a pas vocation à devenir un jardin à thèmes, souligne M. Bouchet. Le choix s’est donc porté sur un continuum végétal, ayant le mérite d’avoir déjà donné des résultats. » En dépit d’un nappage de terre végétale sur près de l’essentiel de sa surface – une norme de dépollution –, les sols restent de composition pauvre ; le terreau, d’une « belle richesse botanique », d’où les graines dormantes éclosent en des bouquets de flore spontanée qui, « s’il ne correspondent pas toujours à l’idée que l’on se fait d’un parc, constituent des habitats indispensables à la faune. » Cèdres, tilleuls, pins… La préservation des arbres de haute tige a d’entrée de jeu donné un aspect de parc au lieu. De jeunes plants les agrémentent, qui auront le temps pour eux. « Si l’arbre est bien adapté, il rattrapera sans mal son retard. » La zone tampon devant longer le mur d’enceinte de la maison d’arrêt de Nanterre n’était, en revanche, pas le moindre des défis. Le gros des « pré-arbres » de 1,75 m de haut environ, plantés selon une méthode inspirée de l’agroforesterie, vise à faire écran vis-à-vis d’elle et inversement.

 

Le président Georges Siffredi lors de l’inauguration, le 3 juillet, avec Raphaël Adam, maire de Nanterre, et le conseiller départemental Patrick Jarry.© CD92/Olivier Ravoire

CINQ ANS DE « POUSSE »

Il faudra cinq années, au terme desquelles le parc sera jugé « à maturité » pour que ses sujets égalent en taille l’érablière qui « existe depuis toujours » à l’est de la parcelle et qui a été l’objet d’un aménagement sommaire en 2012 appelé à se pérenniser. « Un ourlet de plantation s’admire déjà. La reconstitution de son sous-bois se concrétisera, lui, à une autre échelle de temps. » En pente générale (2 %) vers la Seine, le Jardin des Papeteries, sec en partie haute, frais en partie basse, pratique un arrosage sélectif, réduit aux baliveaux sertis de ganivelles jusqu’à deux ans. Charge à eux au-delà de « s’auto-satisfaire ». Les visiteurs profiteront bientôt d’une grande pelouse et de bas-côtés engazonnés sitôt que l’herbe aura poussée. « Faute d’espaces à pâturer, l’agropastoralisme n’est pour l’heure pas envisagé », prévient M. Bouchet. Avant que le temps fasse son œuvre végétale, le parc s’apprécie déjà à la lueur du destin qui aurait été le sien si le Département ne s’était porté acquéreur du site en 2021 : celui d’une zone logistique minéralisée de plus dans un cœur urbain dense. « Un coup d’œil à une carte suffit à comprendre l’intérêt de cet aménagement : désenclaver le parc du Chemin-de-l’Île en partie est, alors que les jardins familiaux datés de 2006 n’étaient accessibles que par les berges et, de facto, peu fréquentés. » Participant de la Stratégie nature 2021-2025 du Département, alors que le parc doit encore s’étendre vers l’axe historique de La Défense (un aménagement appelé « Delta vert »), le projet annonce les ambitions de la Stratégie 2026-2030 adoptée en juillet. « Il est le point de départ d’une nouvelle ambition qui démontre, s’il le fallait encore, la capacité de notre collectivité à transformer profondément notre territoire et ses paysages », souligne Georges Siffredi.

Les commentaires sont fermés.