Après quatre ans de travaux, le centre dramatique national Nanterre-Amandiers, rénové avec le soutien du Département, ouvre ses portes au public. Le début d’une nouvelle page d’histoire pour ce théâtre mythique, l’un des plus importants d’Europe.
Par Pauline Vinatier
Enfin ! Telle aurait pu être l’émouvante réplique du théâtre si un bâtiment avait pu parler, quand à l’issue d’un chantier au long cours, il a vu affluer les spectateurs au pied de sa nouvelle façade, tout de verre revêtue. Pour sa première, le 18 décembre, la grande salle a joué à guichets fermés Les Petites filles modernes, une nouvelle création de Joël Pommerat, l’un des « artistes associés » des Amandiers. Ce moment n’était pas moins attendu des équipes : « C’était déjà l’un des plus beaux théâtres d’Île-de-France et l’outil que l’on a retrouvé est formidable, se félicite le metteur en scène Christophe Rauck, qui a pris les rênes de l’institution en 2021. Ce chantier qui se termine est une manière de tourner une page ; j’espère maintenant écrire un nouveau chapitre de la belle histoire que l’on nous a laissée. »
Associés aux plus grands metteurs en scène, auteurs et comédiens, les Amandiers sont un haut lieu de la création théâtrale contemporaine. L’un des défis pour la ville et pour ses partenaires était de conserver les atouts du bâtiment de 1976, conçu pour encourager cette effervescence, tout en le modernisant. Connue pour l’Opéra d’Oslo ou le siège du journal Le Monde, l’agence d’architecture norvégienne Snøhetta avait été retenue en 2018 à l’issue d’un dialogue compétitif. « Le bâtiment, outre son emplacement en lisière du parc départemental André-Malraux, présentait des volumes impressionnants, explique Guillaume Barbaroux, directeur du projet chez Snøhetta. Mais du point de vue de la sécurité et de la fonctionnalité, il était vieillissant et certains aménagements contraignaient la création, je pense notamment à cette salle de répétition en sous-sol traversée par un poteau au milieu ! »
Quatre ans durant, l’activité s’est déplacée au sein des vastes ateliers décors, transformés en théâtre éphémère de 480 places. « Les gens n’ont pas perdu le chemin du théâtre, explique Christophe Rauck. Nous avons aussi mis à profit la situation pour accroître notre présence hors les murs sur le territoire, ce qui nous a amené un nouveau public. » Ces péripéties font sens dans le temps long de l’aventure des Amandiers, un « théâtre en banlieue », entamée sous un chapiteau en 1965. « On ne vit pas tous les jours le déplacement de toute une équipe et la création d’un bâtiment éphémère tout en regardant un nouveau bâtiment se construire ! »

MACHINERIE DE POINTE
La grande salle, décoiffée pour les besoins du chantier, a pris des airs de théâtre antique et sa cage de scène, ainsi découverte, a été agrandie moyennant une délicate opération. « Il a fallu détruire le voile entre la salle et la scène et en couler un nouveau, trois mètres plus loin, pour obtenir un plateau qui décuple les capacités de jeu », poursuit Guillaume Barbaroux. Dans la salle « transformable », un système à commande électronique remplace la tribune métallique démontable. « À la configuration frontale de 400 places s’ajoute la bifrontale, trifrontale, quadrifrontale… Il existe sept configurations de base en tout mais on peut en imaginer d’autres ! » L’ouverture de cette salle sur le théâtre de verdure, où « le public pourrait regarder la scène depuis la pelouse », est une de ces possibilités. Ces salles historiques héritent par ailleurs d’une machinerie de pointe, avec notamment des grills électroniques motorisés pour la sonorisation et l’éclairage. Au cœur d’une extension se loge enfin la petite salle, équipée d’une tribune télescopique de 200 places, où sont programmés six jeunes créations cette année. « La jeunesse est toujours un axe fort du projet, La Belle Troupe (un cycle de formation professionnelle gratuit de trois ans pour 12 comédiennes et comédiens initié en 2021) s’est arrêtée pour mieux accompagner les projets de jeunes créateurs. »
On aborde le nouveau théâtre des Amandiers par deux parvis haut et bas et par un hall d’entrée refait de fond en comble. Avec ses lignes tendues et ses baies de douze mètres de haut donnant sur le parc et l’avenue Pablo-Picasso, il s’agit là du geste architectural majeur de Snøhetta à Nanterre. « L’ancien bâtiment avait une partie enterrée qui a été rouverte, on augmente ainsi la surface d’accueil et on double les accès aux salles. La grande transparence de ce hall donnant sur l’intérieur du bâtiment est aussi une invitation à entrer », précise l’architecte. « L’accès à la culture pour tous, c’est ce en quoi Snøhetta croit énormément ; ce hall sera en quelque sorte la quatrième salle du théâtre, renchérit Oliver Page, directeur général de Snøhetta Paris. Son apparence variera selon les saisons et les heures, c’est un élément urbain en connexion avec tout ce qui l’entoure. » Dans la partie basse du parvis, la librairie, transférée sous le dôme de l’ancien planétarium, ainsi que le restaurant des Amandiers, feront vivre l’espace public. Le théâtre sera, à terme, desservi par un arrêt du tramway T1 prolongé vers Nanterre et Rueil-Malmaison.
GESTE ARCHITECTURAL
Absolument requise, la mise aux normes du théâtre quinquagénaire a eu lieu comme promis. Des extérieurs aux salles, les lieux ont été rendus accessibles aux personnes à mobilité réduite ; tandis que la réfection de l’isolation, du chauffage et de la ventilation limite l’impact de l’agrandissement du bâtiment qui reste toutefois « compact ». « Nous sommes intervenus sur des secteurs très ciblés, le hall et l’extension (qui abrite, outre la petite salle, l’un des deux studios de répétition, des bureaux et des résidences d’artistes, NDLR) pour ne pas multiplier les linéaires de façade », dit Guillaume Barbaroux.
Sur l’enveloppe de 59 M€ nécessaire à ce projet, le Département a contribué à hauteur de 15 M€ aux côtés de la ville, de l’État et de la Région. « Au-delà de ce geste architectural et de cet outil ultra-performant, la rénovation d’un centre dramatique et d’un théâtre de création sur ce territoire aux abords de Paris marque une volonté forte de l’État et des collectivités, se réjouit Christophe Rauck. Nous avons travaillé de concert pour que ce théâtre puisse vivre ses cinquante prochaines années tout en continuant d’innover en matière d’accueil du public et de création. » Le spectaculaire chantier terminé, le rideau peut maintenant se lever sur le théâtre des Amandiers « augmenté ».
nanterre-amandiers.com
