Au pôle Léonard-de-Vinci, au cœur du quartier de La Défense, la nouvelle Maison départementale des personnes handicapées offrira un accueil plus confortable aux usagers. Son déménagement, effectif à la mi-avril, s’inscrit dans une dynamique renouvelée d’accès aux droits pour les Alto-Séquanais.
Par Pauline Vinatier
Au cours d’une journée à la Maison départementale des personnes handicapées, les dossiers se suivent et ne se ressemblent pas. De l’aménagement d’un poste de salarié à l’adaptation du logement pour une personne handicapée vieillissante en passant par une demande d’accompagnateur scolaire pour un enfant ou de changement d’établissement d’accueil, les équipes s’emploient à étudier de multiples situations, articulant volets sanitaires, médico-sociaux, éducatifs et pédagogiques…. « Il y a de l’administratif dans nos métiers mais surtout beaucoup d’humain, souligne Thi Tran, directrice de la MDPH des Hauts-de-Seine. Au-delà du repérage du handicap, l’enjeu est de mesurer son retentissement sur le quotidien et, au regard de celui-ci, de déterminer les droits qui vont être utiles pour aboutir à un projet de vie personnalisé. »
Ce « guichet unique », instauré par la loi du 11 février 2005, accompagne de nos jours quelque 130 000 Alto-Séquanais (8 % de la population, en situation de handicap physique, sensoriel, mental, cognitif, psychique, de polyhandicap ou de trouble de santé invalidant). Au-delà du standard téléphonique dédié et du formulaire de contact, un accueil physique a toujours été proposé, qui quitte aujourd’hui ses locaux de Nanterre, devenus exigus et inadaptés, pour ceux de Courbevoie. « Rien ne peut remplacer le contact humain, souligne à cet égard Véronique Bergerol, conseillère départementale déléguée aux personnes handicapées. C’est une condition sine qua non pour que la personne ait le sentiment d’être entendue. »

DES LOCAUX ADAPTÉS ET ACCUEILLANTS
Moderne, lumineux et chaleureux, ce nouvel accueil, positionné à l’entrée du pôle Léonard-de-Vinci à proximité de la Grande Arche de La Défense, est aisément identifiable à sa forme géométrique qui lui vaut le nom de Cube. « Le site cochait tous les critères en termes de proximité et de flux maîtrisés », souligne François Huet, chef d’orchestre de ce déménagement au Département. On accède à la nouvelle MDPH par un parking souterrain, par la gare de La Défense, tandis que le PAM (un service de transport adapté) dépose ses passagers à l’entrée, le long de la rampe Mona-Lisa. Le Département, soucieux de réussir le « virage de l’accueil », s’est adressé à des experts des bâtiments médico-sociaux. « Nous avons beaucoup travaillé sur le confort et la hiérarchisation des flux. Nous voulions aussi que ce lieu soit source de sérénité. » Après avoir récupéré leur ticket sur une borne numérique, aidés et orientés par un agent de la MDPH, les usagers patientent dans une salle dont les coloris pastel et les angles arrondis procurent un effet apaisant. Des écrans leur permettent de suivre l’ordre de passage et les handicaps sensoriels et moteurs sont bien entendu pris en compte : double hauteur de la banque d’accueil, signaux sonores, bandes podotactiles, canisettes pour chiens guides d’aveugles et jusqu’aux chaises dépourvues de bras pour « faciliter les transferts ».
Dans les étages de ce même bâtiment, cent trente professionnels s’apprêtent à investir des bureaux modernes et conviviaux, propices au travail en transversalité. Parmi eux, Aude Chapron, médiatrice de la MDPH, qui propose depuis 2023 un « espace de parole » aux usagers : « Je prends le temps de leur expliquer le pourquoi des décisions et dans quel cadre elles sont prises mais aussi ce que les personnes peuvent faire quand on leur a refusé un droit ou qu’une décision ne leur convient pas. Une personne handicapée vieillissante, par exemple, peut ignorer avoir droit à l’allocation personnalisée d’autonomie. »
LE SITE COCHAIT TOUS LES CRITÈRES STRATÉGIQUES EN TERMES D’ACCESSIBILITÉ ET DE PROXIMITÉ
L’institution est de plus en plus sollicitée, avec 82 500 dossiers déposés en 2024 contre 63 980 en 2020, ce qu’expliquent de nombreux facteurs : vieillissement de la population (la moitié des usagers ont plus de 60 ans), « meilleur diagnostic et reconnaissance des troubles neurodéveloppementaux », plus grande technicité des dossiers, avancées réglementaires se traduisant par « une avancée des droits mais également par une exigence accrue envers les professionnels ». Si l’on y ajoute les difficultés de recrutement et la cyberattaque de mai 2025, qui paralysa les systèmes d’information, les délais de traitement se trouvent automatiquement allongés. « Au-delà des mesures d’urgence prises face à cette crise, au cours de laquelle aucun dossier n’a été perdu, un plan a été enclenché depuis plusieurs années afin d’améliorer le fonctionnement de la MDPH, souligne le président du Département, Georges Siffredi. Il prévoit notamment l’amélioration de l’attractivité des métiers, au maximum de ce que la loi autorise, ce qui nous a permis de recruter plusieurs médecins, dont notre médecin coordonnateur, la simplification des procédures pour concentrer l’expertise médicale là où cela est vraiment nécessaire, ou encore le recours, depuis ce début d’année à des associations spécialisées pour instruire les demandes en attente d’évaluation. »

OFFRE DE PROXIMITÉ
Au-delà de ce déménagement, l’amélioration de l’accueil passe aussi par l’essor de l’offre de proximité. « Nous voulons systématiser l’accueil de premier niveau au sein de chacun de nos SST (services des solidarités territoriaux, NDLR) en vue d’informer, renseigner et orienter. Pour les situations nécessitant un approfondissement, les appels en visioconférence depuis les SST vers notre site central continueront d’être expérimentés, précise Thi Tran. Plutôt que se déplacer à Courbevoie, une personne qui habite à Bagneux pourra se rendre dans le SST proche de chez elle. » La MDPH reste également un « partenaire historique » de la Caravane Solidaire, un dispositif itinérant « d’aller-vers » qui regroupe l’offre des solidarités du Département et de ses partenaires et travaille avec les Centres communaux d’action sociale à la création d’un réseau « Relais handicap ». Enfin la création d’un Service public départemental de l’autonomie (SPDA) vise à renforcer la coordination entre les différentes parties prenantes dans le champ du handicap : MDPH, CAF, ARS, État, communes, associations… « Il n’y a pas pire pour un usager que d’être balloté d’un interlocuteur à un autre, explique Thi Tran. Quel que soit son point d’entrée, il doit avoir le même niveau d’information et être réorienté si un acteur n’est pas en mesure de lui répondre. » De guichet unique en 2005, la MDPH se construit de nos jours comme un « réseau d’accès aux droits ».
Esplanade Mona-Lisa (entrée principale)
12 avenue Léonard-de-Vinci à Courbevoie.
