À Rueil-Malmaison, le Département a lancé la construction d’une Maison d’accueil pour préserver les liens familiaux des enfants qui lui sont confiés. L’ouverture est prévue début 2027.
Par Pauline Vinatier
Imaginé dès sa conception pour ce site, le projet compose avec celui-ci plus qu’il ne s’impose. Dans un quartier résidentiel, bien desservi et à proximité d’établissements scolaires, la parcelle présentait des particularités dont les architectes ont su jouer : une légère déclivité, de nombreux et vieux arbres, une interface entre habitat pavillonnaire et petits immeubles… « Plutôt que de faire un grand bâtiment, on a fragmenté le programme en petites unités autonomes comme dans un hameau, reliées entre elles par une grande circulation. Les pleins et les vides alternent dans la pente selon un jeu de quinconce qui a permis de conserver le patrimoine végétal (plus de la moitié des arbres ont été gardés et 35 seront plantés, NDLR) et de réduire les vis-à-vis avec les riverains », explique Mathieu Grenier, architecte-urbaniste des Ateliers Combas, associés pour ce projet à l’agence Banquet.
Le futur établissement a vocation à accueillir ensemble les frères et sœurs, enjeu crucial en protection de l’enfance, la séparation ne faisant qu’aggraver la perte de repères – après un placement judiciaire, l’orientation des fratries vers un même milieu d’accueil n’a lieu aujourd’hui que dans 46 % des cas. « Vivre et grandir avec son frère ou sa sœur, partager des moments ensemble, s’épauler, maintenir des liens tissés dès le plus jeune âge est fondamental pour l’épanouissement et le développement des enfants, souligne Georges Siffredi. Nous avons ainsi créé l’accueil par des tiers dignes de confiance et veillé à maintenir notre vivier de places d’accueil familial, qui peut répondre plus facilement à ce besoin. Nous développons aussi des lieux de vie dédiés, à l’image de l’unité de vie ouverte en 2022 par les Apprentis d’Auteuil à Meudon. » Ce projet participe à concrétiser l’engagement pris dans le cadre de la stratégie départementale de protection de l’enfance 2022-2026 d’accueillir les fratries, en application du principe de non séparation posé par la loi Taquet de 2022, sauf cas contraire à l’intérêt de l’enfant. « Il favorise l’accueil des fratries à plusieurs titres, poursuit Sahra Guesmia. Il s’agit tout d’abord d’un dispositif mixte, ce qui n’est pas le cas de tous les foyers, avec une tranche d’âge (de 6 à 18 ans, NDLR) plus ouverte que celle de la plupart des autres maisons d’enfants à caractère social. L’organisation spatiale a en outre été pensée pour les fratries et cette problématique sera intégrée dans le projet d’établissement. »
La conception architecturale à taille humaine, avec cinq « maisonnées » de cinq chambres chacune, où les enfants se sentiront « comme chez eux », est issue d’un dialogue avec les riverains et d’une évaluation fine des besoins. « En amont du cahier des charges, nous sommes allés vers les premiers concernés, c’est-à-dire vers les enfants, les éducateurs et les personnels de direction de la Cité de l’enfance départementale et d’autres foyers gérés par des associations », précise François Huet, chargé du suivi de ce projet à la Direction des bâtiments du Département. À leur tour, les architectes ont ensuite visité un certain nombre de sites accueillant des enfants confiés.

AMBIANCE CHALEUREUSE
La distribution des bâtiments a été pensée pour préserver l’intimité des résidents. Ainsi l’accueil, les espaces administratifs et collectifs (salles de médiation familiale, paramédicale, polyvalente pour les activités de loisirs et de détente, réfectoire…), ont été placés côté rue quand les « maisonnées » occupent l’intérieur et le fond de la parcelle. Seuls les enfants et les personnels pourront accéder à ces espaces de vie, articulant autour d’un salon/salle à manger une série de chambres individuelles qui communiquent entre elles. « Cela permettra aux fratries d’échanger plus facilement », souligne Mathieu Grenier. La possibilité de cuisiner au sein des maisonnées a été prévue à la suite des échanges des architectes avec le gestionnaire et le Département. « Les repas sont des moments très importants pour le maintien des liens familiaux, explique Sahra Guesmia. Ceux du midi pourront par exemple avoir lieu dans le réfectoire et ceux du soir, au choix dans cette grande salle ou en petit comité. »
LA DISTRIBUTION DES BÂTIMENTS A ÉTÉ PENSÉE POUR PRÉSERVER L’INTIMITÉ DES RÉSIDENTS
Combas, grand prix national de construction pierre en 2017, a retenu le calcaire blanc crème de Noyant pour les façades porteuses, gage d’ancrage et de solidité dont ont tant besoin les enfants placés. « Source de porosité entre le paysage et l’intériorité des bâtiments », la pierre apparaîtra dans les salles communes alors que le bois prédominera dans les lieux privatifs pour une ambiance chaleureuse. Outre le recours à ces matériaux géo-sourcés, l’excellence environnementale se traduit sur les toitures, les unes végétalisées ce qui améliore l’inertie du bâtiment et le confort thermique, les autres arborant des panneaux photovoltaïques – le projet respecte à cet égard la règlementation RE2020 et le référentiel départemental de qualité environnementale des bâtiments (QEB). Dans un « jeu de dehors dedans, à l’image du quotidien de ces jeunes », chaque maisonnée peut « voir et accéder à un jardin » tandis que la grande baie vitrée du réfectoire donne sur une terrasse. Les extérieurs répondent, eux, à de multiples usages : jardin d’eau, clairière de jeux, avec panier de basket, zone d’en-but et gradins propices aux petits spectacles, terrain boisé dans le fond site, équipé d’une aire de pique-nique et d’un auvent.
SORTIES EN FAMILLE
Au quotidien, les vingt-cinq jeunes seront suivis par une équipe pluridisciplinaire de trente-cinq professionnels, avec une présence de jour comme de nuit : éducateurs, psychologue, maîtresses de maison, cuisinier, agent technique, personnels administratifs… « C’est un très bon taux d’encadrement, ce qui permettra de prendre des temps en « individuel » avec chacun d’entre eux », apprécie Fanny Martin, directrice du pôle enfance d’Hovia, association retenue par le Département, qui gère déjà des lieux pour les fratries dans d’autres départements. Scolarisés à proximité, les jeunes bénéficieront de temps d’aide aux devoirs ou pour la construction de leur projet de formation. Ils auront aussi accès à de grands espaces de nature, comme le bois de Saint-Cucufa, aux équipements sportifs et culturels et aux nombreuses activités proposées par la ville, par ses associations ou même par le Département. « En leur proposant de vivre des loisirs, des expériences auxquels ils ne pensaient pas forcément avoir accès, autrement dit, en leur ouvrant le champ des possibles, nous sommes au service de la réussite et de l’émancipation pour tous les jeunes », souligne Georges Siffredi. L’organisation de cette première Maison d’accueil des fratries ménagera des moments pour le maintien du lien familial. « Tous les frères et sœurs ne vivront pas dans la même maisonnée car certains peuvent avoir besoin d’un peu de distance mais ce site sera facilitateur, poursuit Fanny Martin. Ils pourront aller se souhaiter bonne nuit, jouer et faire des sorties ensemble… Lors des visites médiatisées (entrevues en présence d’un tiers, dans un endroit protégé, NDLR), les parents pourront voir toute la fratrie et des moments leur seront proposés pour réfléchir à leur rôle de parent. » L’objectif, dès que possible, reste en effet le retour des frères et sœurs au sein du foyer familial.
