« Rêver les Hauts-de-Seine » se fait en synergie, non sans quelques coups de griffe des « Tigres gauchers ». CD92/Olivier Ravoire
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2050, DU RÊVE À LA BD-RÉALITÉ

Dans le cadre de la campagne « Rêver les Hauts-de-Seine en 2050 » du Département, les élèves du collège Rabelais de Meudon ont « libéré » leur imagination pour réaliser un « journal du futur ».

 

Au CDI du collège Rabelais (Meudon), incroyable mais vrai, la BD a son petit succès. Devant ces cases plus faciles à lire qu’à faire, Maud, 13 ans, sèche. « Je dois remplir le blanc en illustrant mes “Maisons dunes”, un lieu où humains et “non-humains” covivraient en paix. » À en juger par ce croquis, elle s’inspire là des trous de Hobbit. An 2050, les bords de Seine se sont changés en Terre du Milieu, il fallait y penser. Reste à coucher cette idée d’écureuil qui cancane sur le compte de son voisin de palier – un homme, celui-là. À la ville auteurs et illustrateurs, Damien Laverdunt et Hélène Rajcak vaquent de table en table. En « couple », appelez-les : « Les Tigres gauchers », animateurs-concepteurs de cet atelier de dessin du futur. « Il ne faut pas le voir comme un simple exercice, mais comme l’une des étapes d’un parcours réflexif », insiste Damien Laverdunt. Ainsi ces BD, publicités et autres slogans crayonnés ne seraient que la face émergée d’un plus vaste projet : leur « Journal du futur » ? Thème préféré à trois autres (voir encadré) de cette unique édition : Climat et biodiversité.

MIGRA’TOUR

De là cette joyeuse ménagerie décalquée sans vergogne par Paul, 13 ans et moins fortiche que Yoann en arts plastiques. « Dessiner un mouton » n’est pas à la portée de tout le monde ? Qu’importe, consigne est donnée de libérer tout son potentiel prospectif, mine en main, sans gênes, ni a priori. « De la tour hertzienne de la ville, désaffectée, nous voulons faire un nichoir ! » Le ton est donné, celui d’un chargé de projets. Hasard des cartes à retourner qui l’a comblé de joie, son groupe a hérité des grands migrateurs. Que valent, en effet, les castors de Guillaume face à la gracile ciconia nigra, et leur refuge, à côté de l’idylle acadienne de la « Migra’Tour », n’est-ce pas Juliette ? L’esprit de compétition entre élèves et établissements ayant pris part au dispositif départemental le Grand Collège n’est pas étranger à cette railleuse dynamique ambiante. « Que font tous ces jeunes autour de nous ? Ils inventent purement et simplement notre futur proche : leur futur d’adultes, s’enthousiasme Abdelkrim Ghaib, chargé de la campagne « Rêver les Hauts-de-Seine » pour le Département. Protéiforme, ce projet permet de mettre en lumière, de façon ludique, l’Agenda 2030 de la collectivité. Une manière aussi, d’impliquer les jeunes dans la construction de leur avenir face au changement climatique. Les responsabiliser ainsi contribue au passage à leur citoyenneté. » Une démarche dont s’est saisi, à Meudon, le corps enseignant. Professeurs de français au secours de leurs articles de presse, de S.V.T. au chevet de leur culture de la biodiversité, d’histoire-géo souhaitant prendre de la hauteur, à tout point de vue, depuis l’Observatoire de Paris à Meudon… Leur concours s’est joint à celui d’un urbaniste, dans l’esprit du Grand Collège qui entend ouvrir les établissements scolaires à la société civile. « Tout son propos, se souvient Hélène Rajcak, était de les libérer de leurs préjugés : conçus sur le temps long, les projets urbains, même fantasques, voient le jour tôt ou tard. L’essentiel est de répondre aux enjeux véritables. »

 

 

À grands renforts d’imagiers et avec brio, les collégiens muent en « Hergé » du futur.© CD92/Olivier Ravoire

METROPOLIS

De l’iconographie a pareillement aidé à « débloquer » les esprits, comme empêtrés, en dépit de leur jeunesse, dans notre passé. Damien Laverdunt a œuvré sur ce volet : « Comment imaginer l’avenir d’un territoire comme celui des Hauts-de-Seine sans convoquer écrans et robots ? C’était tout l’enjeu des séances préliminaires. » Aussi devant Metropolis (Fritz Lang, 1927) ou Blade Runner (Ridley Scott, 1982), des élèves bouche bée ont-ils pu apprécier la vétusté de leurs idées. Alors foin de dystopies, pourquoi ne pas plutôt rêver d’un monde où la faune et la flore ont la part belle dans nos lieux publics à vivre. Damien Laverdunt toujours : « Nous avons évacué tout aspect anxiogène en partant de l’hypothèse d’une prise de conscience généralisée en 2030. Après une rétrospective de cette accélération incroyable qui a transformé le département au XXe siècle, une présentation de ces caractéristiques de densité ou de réseaux routiers, il s’est agi de se pencher sur “pourquoi la biodiversité a été mise à mal”, avec une ouverture sur “que faire”. L’idée chaque fois était de la formuler sous forme de questions, maximisant les interactions sans imposer nos biais. » Le chemin vers le futur est-il un si long fleuve tranquille ? « J’ai du mal à me projeter… Enfin, disons : jusqu’à demain, cela va encore », sourit Pauline. Finalement peu convaincue par son propre projet de « Tour de lierre », un garde-manger à insectes pourtant persistant l’hiver, elle fomente une idée d’éco-pâturage, plutôt avenue du Château que sur les ronds-points.

 

Tels de vrais illustrateurs, les élèves ancrent leurs crayonnés par transparence. Et voilà ce « chat-huant » gravé dans le marbre du papier.© CD92/Olivier Ravoire

CARTE GÉANTE

Jusqu’à mai, imaginez collégiens ce qu’il vous plaît. En juin viendra le temps de la restitution, une par établissement, autour de la communauté éducative élargie aux parents d’élèves et intervenants. Thématique 2026 de tous les dispositifs éducatifs départementaux – Grand Collège, Ô Lab Citoyen, Curious’ Lab, MéDDailles du développement durable -, « Rêver les Hauts-de-Seine » appelait une restitution commune à ces projets. À La Seine Musicale sera exposée, le 2 juin, une immense carte sur laquelle chaque idée élaborée s’ancrera concrètement sur le territoire. « Il s’agira de faire “atterrir” ces projets mûris tout au long de l’année, avec l’espoir sincère de la part des élèves de les voir infuser dans notre société. » Sur un autre versant s’ajouteront en manifeste les « Journaux du futur », mis en page par Damien Laverdunt, diplômé des Beaux-Arts, se voulant pliables tel un poster. Avec « Rêver les Hauts-de-Seine », le futur, c’est dans la poche. 

Nicolas Gomont

 

UNE PLATEFORME DE CONTRIBUTION CITOYENNE

Parce que rêver le futur, c’est déjà commencer à le construire. Parce que chaque regard, chaque idée, chaque sensibilité enrichit la vision collective du territoire de demain, avec « Rêver les Hauts-de-Seine 2050 », le Département invite tous les habitants, salariés et usagers, à imaginer leur territoire à cet horizon si proche, si loin. Dessins, images, vidéos, textes, sons : toutes les formes d’expression sont les bienvenues pour inventer ensemble un futur désirable, durable et créatif. Partagez en ligne jusqu’au 1er avril votre vision sur l’une des quatre thématiques (bien-être, jeunesse et citoyenneté, climat et biodiversité, attractivité et rayonnement du territoire) sur jeparticipe.hauts-de-seine.fr/fr/applications/rever-les-hauts-de-seine.

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