© CD92/Laurent Duvoux
Posté dans REPORTAGE

DES AMBASSADEURS POUR LA SANTÉ MENTALE

Avec le soutien du Département, la fondation Falret dispense un cycle de sensibilisation sous la forme de séances de « pair à pair », où des volontaires en service civique démystifient les notions clefs auprès de leur tranche d’âge.

L’un d’entre eux devait bien commettre l’impair. « Avoir un problème de santé mentale, c’est quand on est fou, nan ? », s’interroge Abdoulaye*. Aïe ! « Fou » : le terme à bannir. Quoiqu’à part Yasmine qui, à bon droit, s’afflige, l’auditoire qui ne dit mot paraît, lui, consentir. « On persiste, hélas, à employer ce terme, stigmatisant et réducteur, lui objecte Jibril Bifergane, ambassadeur de la santé mentale. Or, celle-ci déborde, et de loin, des troubles les plus sévères, comme la schizophrénie, par exemple. » Ce matin-là, mythes et préjugés sur la santé mentale se voient ébranlés à la Mission locale de Clichy. Sous forme d’un vrai/faux, le propos de la session se veut généraliste. Souffrir d’un trouble mental est-il forcément visible ? Éprouver des émotions négatives fait-il pour autant de nous des « malades » ? Solliciter de l’aide, est-ce agir en personne faible ? Être de la partie, c’est découvrir qu’un quart de la population est atteinte d’un trouble psychique dans sa vie, que les plus « borderline » restent invisibles à leur entourage, que la non chronicité d’un symptôme écarte d’office toute pathologie, et qu’outre les troubles anxieux et de la personnalité, décidément sur toutes les lèvres, on compte les troubles de la conduite alimentaire (TCA) qui dépassent, là encore, le plus connu d’entre eux… Sur ces entrefaites, l’ambassadeur Baptiste Hardouin examine la définition de la « SM » (santé mentale, NDLR) suggérée par Yasmine à la lueur d’une source « un peu calée » : l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Sans ce savant mélange d’expressions de la génération Z et de leur vécu, les ambassadeurs ne revendiqueraient pas la même proximité avec ce public issu des Missions locales et des tiers-lieux, âgé tout comme eux, de 16 à 25 ans. « Délibérément, aucun référent de notre structure ne les accompagne sur le terrain, explique Carlos Pereira, le coordinateur des ambassadeurs de la santé mentale dans les Hauts-de-Seine pour le compte de la fondation Falret. Abolir ainsi la hiérarchie permet de libérer la parole et de mieux faire passer certains messages auprès de ces jeunes, dont un sur cinq en moyenne souffre de troubles anxieux et dépressifs », qu’il garde généralement pour lui…

DÉSTIGMATISER UN TABOU

Un constat alarmant, qui rejoint en cela les conclusions de l’enquête nationale, en collège et en lycée, de Santé Publique France publiée en 2024. Ainsi les plaintes somatiques ou psychologiques récurrentes concerneraient la moitié des collégiens ; les déclarations de pensées suicidaires au cours de l’année écoulée, près d’un quart des lycéens. « Encore trop d’a priori entourent le fait de consulter un “psy”, s’inquiète M. Pereira, lui-même psychologue social. En même temps, je perçois une pression croissante mise sur les jeunes vis-à-vis de leur réussite, sans parler des problématiques de (cyber)harcèlement, de saturation cognitive, d’isolement par les réseaux sociaux, etc. » Or, une prise en charge précoce réduirait, quelle que soit la pathologie, la durée du rétablissement. Tout jeune en service civique aspirant « ambassadeur de la santé mentale » se voit former aux premiers secours santé mentale jeune, en équipe d’animation, en écoute active et en santé mentale, après quoi, il se fait le promoteur infatigable de la déstigmatisation de ce tabou et démystifie le recours au monde médical, au gré de « focus » au thème laissé à l’entière discrétion de son bi ou trinôme : sexualité, addictions, pression sociale, etc. « Notre psychologue référent vérifie bien sûr les informations et le fil conducteur des ateliers, précise l’ambassadrice Lysa Themond, licenciée en psychologie en 2025. Avant de reprendre en master, je souhaitais gagner en légitimité et en relationnel avec ces jeunes qui ont la maladie mentale “honteuse”, alors que tous peuvent, un beau jour, être touchés et gagner à être accompagnés. » À quelques nuances près, observe-t-on. Confrontés à la question intime du deuil, les ambassadeurs vont jusqu’à affecter la dissension pour ne pas « imposer à qui que ce soit leur vision ». Reflétant le sentiment général, les questionnaires de satisfaction remplis en fin de séance indiquent que 91 % des jeunes sensibilisés se sentent depuis plus à l’aise à l’idée de consulter une structure au premier mal-être. Dans le public, jetant le masque sur le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ayant impacté sa scolarité et son avenir professionnel faute d’un traitement immédiat, Jasmine se réjouit de voir le regard sur la santé mentale enfin « se banaliser ». 

Nicolas Gomont

*Les prénoms ont été changés

Grande cause nationale 2025 reconduite en 2026, la santé mentale mobilise le Département sur plusieurs fronts, dont celui de l’aide sociale à l’enfance et à travers les Ambassadeurs de la santé mentale, soutenus à hauteur de 8 000 € chaque année.
hauts-de-seine.fr

Les commentaires sont fermés.