Cette marque territoriale, créée par les chambres consulaires en partenariat avec le Département*, entend valoriser des réussites locales, de même que les produits authentiques et traçables. Secteur par secteur, des services à l’industrie en passant par l’artisanat, voici quelques-uns de ses lauréats dévoilés en novembre dernier.
Par Nicolas Gomont
SFEIR NUMÉRIQUE
Xavier Muller, président de Sfeir et Didier Girard, son directeur général – Neuilly-sur-Seine – Ambassadeurs Origin’92
Photo : CD92/Olivier Ravoire
Crée en 1985 en vue d’informatiser la Bourse de Paris, Sfeir se lance en 2007 un pressant défi. Directeur général, Didier Girard refait le fil : « Autrefois dans la grande distrib’ de l’IT (technologies de l’information), on s’est recentrés sur le software engineering, puis le cloud, et l’AI… » Déclinée à Strasbourg, Lille, Nantes, depuis peu à Rennes, et bientôt peut-être à Niort, cette « multi-communales » affiche son ancrage local. « La proximité est une de nos valeurs, clame Xavier Muller, son président. Par conviction, nous ne faisons ni d’offshore, ni de nearshore ». Tirer le meilleur profit de l’innovation technologique, tel est son crédo. Mieux, une « forme de mission » qu’elle se donne au profit de ses plus de deux cents clients. « Quand l’un d’eux fait appel à nos Sfeiriens, il sait que globalement, le niveau va être élevé… », prévient M. Girard.
ON PEUT DIRE QUE DANS CINQ ANS, TOUTE L’ÉCONOMIE AURA CHANGÉ
PERPÉTUELLE ÉVOLUTION
De toutes les tailles (start-up, PME, Cac 40), de tous les secteurs (industrie, média, santé), à chacun de ses clients ses ambitions. D’où ce positionnement sur le « sur-mesure » plutôt que sur le « prêt-à-porter ». « Il ne s’agit pas de partir de zéro, on vient avec nos tools, sorte de Lego qu’on assemble pour faire l’AI, de la data, du cloud de confiance… » Incontournable sur les phases early adopter et early maturity, Sfeir encourage l’appropriation par tous du dernier cri. « Sitôt que la technologie ou l’approche devient commune, nos clients privilégient les modèles indiens à bas coûts », explique M. Muller. Leurs compétences-métiers s’articulent autour des « quatre maillons » de la chaîne de valeur, dont le consulting pour dispenser une vision « instruite » sur un « marché d’incertitudes ». Sfeir se fait aussi formatrice, en vue d’« acculturer » toute équipe. « Contrairement aux innovations jusqu’alors, l’AI est poussée par les directions générales, plutôt que par les salariés… » Le transfert de savoir-faire, dans un secteur en évolution perpétuelle, ne soulève aucune crainte ; à tel point qu’un client sait vite voler de ses propres ailes. Didier Girard doit tant à la littérature scientifique qu’à son réseau de connaissances, cet « instinct » pour deviner les tendances du futur.
SUJET DARWINIEN
En fait de gloire, il se targue d’avoir perçu l’IA générative six mois avant OpenIA. « Dès qu’un sujet émerge, nous nous positionnons dessus et nous en devenons les meilleurs : c’est un peu ici notre mantra… » De là est né Raise AI, leur ChatGPT qui touche à ce jour un demi-million de salariés. À quand des outils cybernétiques pour remplacer nos cols blancs ? « Le sujet est darwinien : ce n’est pas le plus fort qui va résister, mais celui qui aura été capable de s’adapter. On peut dire que dans cinq ans, toute l’économie aura changé. » Il en veut pour preuve la « démocratie radicale » de ces technologies de masse, d’où extraire des données et des marges insoupçonnées. Qu’en est-il des premiers concernés ? « Typiquement chez Sfeir, on ne recrute plus un collaborateur, mais une équipe : un informaticien et ses agents AI. Et le sujet n’est pas tant : combien on va pouvoir économiser, que : qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de plus. » Lui estime accomplir deux fois plus de tâches qu’il y a un an. Quid des failles de l’IA ? « L’automobile était ce qu’elle était en 1905… » Comprendre : elle n’en était pas moins inéluctable.
sfeir.com
DIAMANT QUANTIQUE
Florent Alzetto, président de HiQuTe Diamond et Riadh Issaoui, son directeur général – Gennevilliers.
Photo : CD92/Olivier Ravoire
HiQuTe Diamond fait mentir l’étymologie. Le diamant, du grec adàmas, « indomptable », l’est d’autant moins que la start-up en maîtrise sa synthèse, sa découpe, son polissage, de même que ses incomparables propriétés. Loin du manteau terrestre, c’est au Laboratoire des sciences des procédés et des matériaux (Villetaneuse, CNRS) qui l’héberge que tout se crée. « Le support sur lequel on fait pousser le diamant est du diamant lui-même, schématise Riadh Issaoui, physicien et co-fondateur d’HiQuTe. Sur cette graine, on envoie un gaz, en fait du méthane et de l’hydrogène, puis le tout est placé au “micro-onde”, en quelque sorte. » De là, un diamant synthétique, de même composition chimique que les pierres de joaillerie. Même si, bien sûr, « ceci est infiniment plus compliqué que cela ». De ces petites plaques, de quelques centimètres de surface, HiQuTe exploite non tant les qualités que les défauts : les lacunes de carbone, ainsi que les impuretés, tel l’azote. Ou le bore, un minerai.
SES APPLICATIONS EN MATÈRE DE DÉFENSE EN FONT UN MATÉRIAU SUPER STRATÉGIQUE
SEMI-CONDUCTEUR
Quand ses concurrents l’en « dope » de 0,5 %, son procédé double la performance. « On ne dira jamais notre secret. » Au détour d’une nouvelle livrée, rose clair ou bleu sombre, le diamant « de type N ou P », gagne en conductibilité. Ses qualités thermiques avérées, il est à cet égard le plus performant. « Voilà trois ans que l’on teste le marché, et l’on voit qu’il répond », se réjouit Florent Alzetto, président d’HiQuTe. Leurs partenaires sont aussi leurs premiers clients : Kwan Tek, spécialiste des capteurs quantiques à base de diamant et Diamfab, fabricant de semi-conducteur tout diamant. Mobilisant ses « centres NV », l’artifice capte jusqu’à un infime champ magnétique, ouvrant la voie à « énormément d’applications, principalement des capteurs ». Ainsi porte-t-il en lui la révolution de la géolocalisation sans GPS, ou du magnétocardiogramme, plus sensible qu’un électro, et de loin. « On pourrait avec lui diagnostiquer les 20 % d’AVC qui passent à ce jour entre les mailles du filet, dit M. Issaoui. Les centrales nucléaires sont de même un bon prospect, car notre diamant est inerte aux irradiations nucléaires. »
DOUBLER LA MISE
Quant à ses applications quantiques ou en matière de défense, elles « en font un matériau super stratégique », objet d’une course entre les grandes puissances. HiQuTe prévoit ainsi d’apporter sa pierre à l’édifice de la souveraineté française. Et son diamant vaut de l’or : comptez entre 2 000 et 4 000 € les trois millimètres par trois millimètres, d’épaisseur « manipulable ». À l’étroit au LSPM, lequel est l’un de ses actionnaires, HiQuTe entend se déplacer à Gennevilliers, « courant 26 », et devenir expert de « toute la chaîne d’ingénierie ». En parallèle, Element Six, filiale de De Beers, se positionne sur certains marchés. Florent Alzetto se dit confiant : « Ils sont bien incapables d’égaler notre gamme. » Avec un million d’euros de chiffre d’affaires cumulé, HiQuTe parvient à doubler la mise chaque année. « On espère réitérer l’an prochain. » Horizon de production: 2028.
hiqute-diamond.com
CRÈME DES DOUCEURS
Stéphane Glacier, Meilleur ouvrier de France pâtissier, Bois-Colombes
Photo : CD92/Olivier Ravoire
Gardons-nous de cette devanture passe-partout. Elle est de ces échoppes où l’on prend la queue qu’il pleut, qu’il vente, l’habitué confortant dans l’effort le tout-venant. Spécialité maison, le flanc à l’ancienne, crémeux à souhait, décliné en pistache, noisette et chocolat, partage la vedette avec les valeurs sûres de la pâtisserie française. Un jardin des délices, que n’aurait pas renié Antonin Carême (1784-1833, théoricien de la pâtisserie moderne). « On me reproche ce classicisme, de proposer les mêmes choses. Moi, je l’assume, dit Stéphane Glacier. Sous les rires de la profession, j’ai relancé la mode du flan : un franc succès. En pâtisserie, la revisite me laisse pour le moins perplexe… » Qu’on se le dise, un Paris-Brest, « c’est du praliné et de la pâte à chou », sans quoi ce n’est plus un Paris-Brest. Aussi le « relooking » est-il sa seule concession à l’ère du temps. Ce qui n’en fait pas l’ennemi de la nouveauté – citons cette tarte caramel-pécan, par exemple : « Elle a été créée, comme 90 % de mes recettes, sur papier. Depuis le temps, je sais que tel biscuit va marcher avec telle crème, tel coulis sur tel croustillant… » À charge pour sa brigade, commis, ouvriers et chefs de poste en alerte, de la faire sienne dans son plus pur respect.
À REBOURS DE LA « GOURMANDISE RAISONNÉE », IL PLAIDE LA CAUSE DU SUCRE, MARTYR DE LA CUISINE DIÉTÉTIQUE
GOURMANDISE RAISONNÉE
D’un rictus ou d’une moue réprobatrice, il rendra ses avis. « Le chef d’orchestre n’est rien sans ses musiciens », se plaît-il à dire, et ceux-ci « me viennent des quatre coins du monde », a-t-il à cœur de souligner. De cinq heures le matin à vingt heures le soir, comme un chef de cuisine est « aux passes », lui est à ses fourneaux. Rien ne compte à ses yeux que la qualité, alors, bon gré mal gré, il faut se montrer. « Le chef Anton a encore ouvert un restaurant sur un bateau, et pris un macaron. Des fois je lui dis éberlué : “Frédéric, comment tu fais ?” » À rebours de la « gourmandise raisonnée » – vogue due à Frédéric Bau et Pierre Hermé qui est « à la pâtisserie ce que le bean to bar est à la chocolaterie » : du marketing selon lui – il plaide la cause du sucre, martyr de la cuisine diététique depuis les années 1970. « Le sucre est à la pâtisserie ce que le gras est en cuisine : un vecteur de goût. Or, il n’est pas pire insulte pour un pâtissier que de s’entendre dire : c’est bon, c’est léger, mais c’est quoi… ? » Il n’est pas non plus la dupe des instagrameurs et de leurs gâteaux, « oh, certes beaux, mais où tout n’est que gélatine… » Opter pour des ersatz serait pour lui déchoir, alors son beurre est français, sa crème Elle & Vire, sa noisette du Piémont, son café d’Éthiopie, sa fraise de Plougastel, sa vanille de Madagascar, etc. « Je prends le meilleur, mais moi, là-dessus, je ne communique pas… »
MOF VERSUS FOLLOWERS
À la barre d’une « pâtisserie pure », il ne s’égare que dans le chocolat et les glaces, parce que « ne pas le faire, ce serait juste frustrer le client ». Quant à la viennoiserie, très tendance, elle a, parlez-en aux aînés, comme un goût d’enfance à la mode Glacier. L’Yvelinois de Mantes-la-Jolie n’est pas arrivé de nulle part au firmament de la pâtisserie. Sacré « MOF » (Meilleur Ouvrier de France, NDLR) en 2000, il ne donne aujourd’hui pas cher de son titre, à l’heure où, hélas, prévalent les « followers » contre jadis, l’excellence de la technique. De celle-ci, il n’est pas avare, de même que de ses secrets, qu’il livre sans crainte au gré de ses cours et de ses livres (réservés, précisons-le, aux professionnels). Las, sans être blasé, le juré qu’il est peut encore être bluffé : « Prenez le gâteau des Hauts-de-Seine 2026, remarquable ! Et quand on m’a appris qu’il n’est pas pâtissier, mais apiculteur (Le miel de Greg, à Rueil), j’ai dit : “Waouh !” De ce genre de concours, je reviens des idées plein la tête… »
stephaneglacier.com
*La Chambre de commerce et d’industrie du 92 entreprises.cci-paris-idf.fr, la Chambre de métiers et de l’artisanat cma-idf.fr et la Confédération des petites et moyennes entreprises cpme92.fr