Lauréate du « Prix Made in 92 » 2025, SmartBack accorde une seconde vie au mobilier des grands hôtels et aux retours e-commerce voués au rebut.
Ah ! Le faubourg Saint-Antoine, au « bon temps » d’autrefois, tout de sciure et négoce de bois… Tout passe, et les résurgences ne sont que mirages. « Notre déménagement ici est un pur hasard, rétorque une paire d’yeux rivés sur l’avenir, cet espace partagé nous a plu pour ses commodités. » L’histoire d’Olympe Chabert et d’Ariane Varale avec nos amis les meubles débute au terminus des « parias » d’entre eux. « De notre aventure entrepreneuriale, la grande page blanche de l’économie circulaire était le point de départ. De là, on se met à écumer les hangars. En quête de “déchets”, un monceau de retours-client nous met la puce à l’oreille… » On les dit bons pour la benne au moindre accroc, ces laissés-pour-compte de l’e-commerce. (Orgueil et gaspillage !) Qu’à cela ne tienne, comme certains des « fruits moches » , la bien nommée SmartBack – pour des « retours futés » – en fera son miel. « Quand bien même les marques les voueraient au déstockage, le retour à l’expéditeur les voit faire des kilomètres, en vain. Au passage, leur état se dégrade. »
DUO À IMPACT
Eurêka ! Suffit, s’accordent-elles à dire, de « renverser la reverse logistic ». Explication de texte : « Juliette X », à Châtenay-Malabry, soupire en déballant son Récamier tout écaillé ; un repreneur local de type acteur de la seconde main, aménageur d’espaces ou association dédiée, le revalorise pour le compte de la marque qui rembourse qui de droit ; la main invisible d’Olympe et d’Ariane plane sur ces va-et-vient contre une juste commission. Ce duo « à impact » s’est forgé sur les bancs du master entrepreneuriat d’HEC, première école de commerce d’Europe ; preuve, s’il en était, que l’économie circulaire n’est plus un « genre mineur » du business. « Après une période de salariat, chacune de notre côté, l’impact nous a réunies. Fraîches émoulues, pleines d’énergie et d’entrain, on se voyait bien dans le rôle de convaincre de “grosses machines” de revoir leurs pratiques. » Si le gotha, et pas seulement suédois, de l’ameublement de masse renâcle – « pourtant, ce n’est pas une montagne » –, un premier contact avec un géant français les regonfle d’espoir. Pas fâchées de son indépendance, ses co-fondatrices font fifty-fifty au capital de l’entreprise et, au creux de leur siège baquet, escomptent la voir grandir. « On n’exclut pas de mettre un rythme différent à l’avenir. Mais à défaut de réelle concurrence, on n’a pas cette injonction du temps. » Au registre, la jeune pousse s’est créée en un jour, sans monstre capital, l’audace palliant une « faible expérience » de leur part. Dans un marché marquant le pas, elles comptent une vingtaine de clients et près de 20 000 revalorisations en un an. Un exploit. « On peut être fières d’être rentables, et ce depuis le premier jour ; de dégager dix salaires, de vivre de notre travail. » L’équilibre entre ventes et dons, ferment de leur « mission », les fait tisser avec ferveur et sens du contact une toile de ressourceries à petits prix qu’elles parlent maintenant d’élargir aux acteurs de l’hébergement d’urgence.
ON SE VOYAIT BIEN DANS LE RÔLE DE CONVAINCRE DE “GROSSES MACHINES” DE REVOIR LEURS PRATIQUES.
FILON HÔTELIER
Comblés, ces partenaires en mobilier prennent livraison d’articles « modernes », design, au goût du jour – eux d’ordinaire si las « des “armoires de grand-mère”, un peu vieux jeu ». Entre le luxe qui cote et les bas prix qui s’effritent, SmartBack fait ses choux gras du milieu de gamme, brassant de l’outdoor à l’indoor – le « meuble meublant » à usage domestique, dans tous ses états. Le poids conditionne la valeur, et les défauts structurels, la remise à neuf. « Au bout de la chaîne, on observe chez nos revendeurs des décotes les mettant à portée de toutes les bourses. » Leur conquête du marché les voit fureter du côté des hôteliers, de luxe et de semi-luxe, récemment encore au Touquet. « Renseignements pris, on s’est aperçues qu’à chaque changement de déco, des affaires leur restaient sur bras. Les labels et, par incidence, leur image de marque faisant, les premiers approchés se sont montrés réceptifs à notre service. » De quoi l’avenir sera-t-il fait ? « On ambitionne de cibler les marques étrangères vendant en France, et pourquoi pas s’exporter ensuite en Europe, à l’image de la Belgique l’an passé. » Avec SmartBack, la seconde main, « c’est du belge ! »
Nicolas Gomont
Smartback.io
Made in 92, le concours d’entrepreneuriat soutenu par le Département, fêtera le 19 mai ses 10 ans à La Seine Musicale (Boulogne-Billancourt).
