Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, par Thomas Lawrence. © Château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / Christophe Fouin
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PRINCESSE REBELLE, MÈRE COURAGE

Une grande exposition dévoile en images la personnalité hors normes de la duchesse de Berry. Marie-Caroline, princesse rebelle, est à découvrir aux Anciennes Écuries du Château de Sceaux, musée départemental, du 13 septembre au 14 février.

Par Didier Lamare

 

Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, par Thomas Lawrence.© Château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / Christophe Fouin

La duchesse de Berry, princesse moderne dans une époque troublée, c’est d’abord un portrait de femme portant chapeau rouge à plume blanche, le regard bleu, le teint laiteux des grandes de ce monde à l’abri du soleil laborieux. Hormis les historiens, on la connaît aussi mal de nos jours que ce fragment du XIXe siècle entre la Restauration de 1815 et la Révolution de 1830. Pour un peu, devant ce portrait, on la jurerait Anglaise, sans doute parce que le peintre l’est, le fameux Thomas Lawrence. Malgré ses cheveux blond vénitien – en l’occurrence, palermitain – Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, née en 1798, est napolitaine par son père, le roi des Deux-Siciles, Autrichienne par sa mère, et par là même la petite-nièce de feue Marie-Antoinette. Habitués à l’état civil républicain, la généalogie des grandes familles de la noblesse européenne ne nous est pas naturelle, où chaque membre porte un nom de ville ou de province ; l’exposition a ainsi un triple aspect pédagogique concernant le monde d’alors, les monarques puissants qui le gouvernaient et les femmes puissantes qui s’y révélèrent. L’historienne de l’art Carole Blumenfeld, commissaire scientifique de l’exposition, spécialiste passionnée de la période, précise : « Hors du temps et pourtant bien ancrée dans son temps, Marie-Caroline de Berry fut l’un des paradoxes les plus saisissants du XIXe siècle, entre tradition et modernité, société de cour et société du spectacle. Arrivée en France après la chute de Napoléon Ier pour épouser l’héritier putatif des frères de Louis XVI, cette “danseuse de corde d’Italie” (Chateaubriand), fille de l’exil, joua pendant seize années avec la fascination française pour les images éloquentes. Dotée d’une formidable conscience de l’opinion publique et du pouvoir de la presse, elle comprit mieux que personne que pour être heureuse, il valait mieux ne pas être cachée. »

 

Les Derniers Moments du duc de Berry, par Alexandre-Évariste Fragonard.© GrandPalaisRmn (Château de Pau) / Adrien Didierjean

UNE FORMIDABLE POPULARITÉ

Les frères de Louis XVI, ce sont Louis XVIII, le roi qui succède à l’empereur défait, et le comte d’Artois, futur Charles X. L’avenir de la dynastie des Bourbons – bientôt prise dans le tumulte révolutionnaire et les querelles de succession – repose sur le fils cadet du comte d’Artois, Charles-Ferdinand, duc de Berry. C’est lui que Marie-Caroline épouse en juin 1816. La princesse rebelle naît là où commence l’exposition. « Aucune femme ne fut l’objet d’autant de récits apologétiques au XIXe siècle, constate Carole Blumenfeld. Une armée d’adulateurs se mit en branle à partir de 1816 pour faire de cette jeune Palermitaine la figure de la réconciliation du pouvoir avec les Français. Aucune femme ne fut autant vilipendée par les siens qui bafouèrent ses droits, ses droits de femme, ses droits de mère, et de citoyenne. Cette rebelle dans l’âme se tailla la part du lion en prenant acte de la pauvreté du rôle assigné aux femmes par les principes inébranlables de la monarchie française et du patriarcat des Bourbons, mais aussi par le quart de siècle qui venait de s’écouler. Tout en ménageant les croyances des passéistes, elle gagna une formidable popularité, puis une extraordinaire liberté. Marie-Caroline de Berry personnifiait la fonction de mère à une heure où, dans la sphère privée des Françaises, la maternité était plus valorisée que jamais d’un point de vue social et politique. Elle devint la première mère de France, en faisant bon usage de la célébrité, invention récente. »

 

CETTE REBELLE DANS L’ÂME SE TAILLA LA PART DU LION EN PRENANT ACTE DE LA PAUVRETÉ DU RÔLE ASSIGNÉ AUX FEMMES

Hausse-col de la duchesse de Berry, Félicie de Fauveau.© Département de la Vendée – Conservation des Musées et des Expositions / Patrick Durandet
 
Entrevue de Louis XVIII avec la duchesse de Berry, à la croix de Saint-Hérem, dans la forêt de Fontainebleau, par Hippolyte Lecomte.© Château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / Christophe Fouin

 

L’ENFANT DU MIRACLE

Sa figure de mère tient du miracle. Le 13 février 1820, le duc de Berry est poignardé à la sortie de l’opéra par un bonapartiste déterminé à trancher le fil dynastique. Marie-Caroline est à ses côtés. « Il fallut la nuit tragique, écrit la femme de lettres Marie d’Agoult, où le poignard de son assassin fit jaillir sur sa robe de fête le sang de son mari frappé au cœur, pour montrer à tous ce qu’elle était : grande et simple en son courage, en son amour, en ses douleurs, inspirée dans les élans d’une âme vraiment bonne, et telle que personne, jusque-là, ne l’avait su ni comprendre ni deviner ». Le duc de Berry trépasse dans la nuit mais, dans un dernier instant de lucidité, il intime à son épouse de se ménager pour l’enfant qu’elle porte en son sein. « Alors même que l’assassinat annonçait la fin des Bourbons, explique la commissaire de l’exposition, Caroline, véritable Reine Margot en robe blanche maculée du sang de son époux, devint synonyme d’espoir. » Voilà l’une des innombrables images que l’exposition aux Anciennes Écuries de Sceaux présente en pleine lumière, grâce aux prêts, entre autres, des musées de Versailles, du Louvre, ou de la Maison de Chateaubriand. Selon les épisodes d’une vie bousculée, jusqu’à la forteresse de Blaye où elle est enfermée fin 1832 après avoir tenté d’imposer sur le trône son fils Henri d’Artois à la place du « roi des Français » Louis-Philippe, elle incarnera tour à tour l’image de la mère de « l’enfant du miracle », d’une Marie Stuart moderne, voire de Jeanne d’Arc… Autant de portraits, certains très romanesques, qui racontent la première vie de Marie-Caroline, qui mourra en exil en 1870. Portraits étonnants par leur diversité : « Elle a une personnalité à la fois méditerranéenne et extrêmement moderne, remarque Céline Barbin, conservatrice du patrimoine au Château de Sceaux, musée départemental, qui est également commissaire générale de l’exposition. Parfois, selon le portrait, elle ne se ressemble pas du tout… Comme s’il s’était agi, sous l’étiquette “duchesse de Berry”, de représenter la pluralité des femmes de cette époque. » 

Château de Sceaux, musée départemental,
du 13 septembre 2026 au 14 février 2027.

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