L’AUTRE REGARD

© SeÌnami Donoumassou
L’exposition Bénin aller-retour, regards sur le Dahomey de 1930, au musée départemental Albert-Kahn jusqu’au 14 juin, multiplie les points de vue en invitant des artistes contemporains à dialoguer avec les images d’archive.
Depuis cet automne, nous sommes invités en pays vodun dans les pas du photographe et cinéaste Frédéric Gadmer et du missionnaire catholique Francis Aupiais, pour suivre la dernière mission des Archives de la Planète avant que la crise financière n’interrompe le projet de recensement d’un monde en train de disparaître. Le contexte colonial de cette mission – rendu encore plus palpable par la qualité exceptionnelle des films restaurés en 4K – incitait à porter sur ces archives un autre regard : celui des artistes africains d’aujourd’hui. Leurs œuvres, dont certaines commandées spécialement pour l’exposition, servent de « mise en perspective et de contrepoint critique ». Les attaches béninoises de l’écrivain et peintre Roméo Mivékannin, de la plasticienne Sènami Donoumassou, du musicien Angelo Moustapha, du photographe multimédia Ishola Akpo se mêlent aux performances du Centre for the Less Good Idea de Johannesburg – partenaire du musée – pour donner vie à l’aller-retour promis par le titre de l’exposition entre le Dahomey colonial et le Bénin contemporain.
albert-kahn.hauts-de-seine.fr
MODÈLE CONSUL

Service Olympique : surtout de table, projet d’autel Le Printemps
© Sèvres – Manufacture et musées nationaux, Dist. GrandPalaisRmn / Le Studio Numérique
L’exposition Audaces d’un style, les intérieurs sous le Consulat, jusqu’au 9 mars au Musée national du château de Bois-Préau à Rueil-Malmaison, se concentre sur les dix années, de 1795 à 1804, où, sous l’autorité du couple Bonaparte, « l’appétence pour le luxe d’une société en pleine recomposition » succède « au goût de la fête de la jeunesse dorée et extravagante du Directoire ». Sous les influences de l’Antiquité, de la Renaissance et de l’exotisme rapporté de la campagne d’Égypte, le style consulaire a ses grands maîtres – les architectes ornemanistes Percier et Fontaine, les frères ébénistes Jacob – qui œuvrent à la Malmaison pour Joséphine, la future impératrice du goût, ou à Paris pour Madame Récamier. De cette élégance encore XVIIIe siècle, ciselée de références, de formes et de couleurs nouvelles, naîtra le style Empire qui imposera une certaine pesanteur symbolique.
musees-nationaux-malmaison.fr
EN TROIS TEMPS

© Arnaud Kehon
La 34e édition du festival Suresnes Cités Danse, au Théâtre Jean-Vilar du 9 janvier au 8 février, multiplie les spectacles ternaires pour mieux célébrer l’équilibre.
Le hip-hop, terreau fondateur d’un festival pionnier qui s’est affranchi des étiquettes, n’est pas franchement une valse à trois temps – mais le programme 2026 de Suresnes Cités Danse affiche un certain nombre de triptyques – par coïncidence ou bien recherche de stabilité dans un monde saisi par la démesure. Plier-Déplier-Peuplier de Virgile Dagneaux travaille le vieillissement du corps dansant. La trilogie de Marina Gomes (’Asmanti, La Cuenta, Bach Nord) fait danser les références rap et ciné des quartiers populaires. La compagnie MazelFreten de Laura Defretin et Brandon Masele alterne duo et solos en trois temps (1+1=1, 1+1=2, Perception) au carrefour des cultures, du couple et de l’intime. Breakdance, self-défense, waacking : les corps engagés physiquement dans Viscum de Noé Chapsal, Toujours de 3/4 face de Loraine Dambermont, Furiosa de Viola Chiarini se partagent le plateau l’espace d’une soirée. Il y a bien sûr au programme des figures fidèles du festival : Jann Gallois pour Imminentes, Mickaël Le Mer pour Enso-Boléro, en tout 19 pièces chorégraphiques pour 90 interprètes et un battle-bal en fête de clôture. Détails sur le site du festival.
www.theatre-suresnes.fr/suresnes-cites-danse
PEINDRE AU PARC

© Alexandre Roux
L’exposition documentaire Saint-Cloud inspire les artistes prouve qu’il y a une vie après la ruine. Sous le soleil d’hiver, jusqu’au 25 mars, la promenade dans le parc du Domaine national, autour de 48 reproductions d’œuvres commentées, choisit d’éclairer le siècle qui a suivi la destruction du château de Saint-Cloud en 1870. Elle illustre la puissance de l’imaginaire de la nature dans un lieu tellement chargé d’histoire, qu’on aurait pu croire qu’à la fin de celle-ci, tout s’évanouirait. Les artistes en ont décidé autrement. Les styles encore romantiques ou postimpressionnistes de la peinture de paysage avec ruines cèdent rapidement la place aux aventures modernes de Raoul Dufy, Robert Delaunay, et d’un certain nombre de peintres étrangers qu’on ne s’attendait pas à croiser ici, comme Vassily Kandinsky et Edward Hopper.
www.domaine-saint-cloud.fr
LE BAROMÈTRE DU SALON

CD92/Willy Labre
Le Salon de Montrouge, exposition de révélation et de promotion des jeunes talents de l’art, tient sa 69e édition au Beffroi du 13 février au 1er mars.
Le monde contemporain sonne au Beffroi. Depuis 1955, le Salon de Montrouge expose au plus large public le travail d’artistes émergents en résonance dans l’air du temps. Quarante d’entre eux ont été sélectionnés, parmi plus de deux mille candidatures, par un comité curatorial à majorité féminine. Pas de thème imposé ni de contrainte de nationalité si ce n’est un lien d’études ou de résidence avec la France, nulle palme décernée à quelque bête de concours : les talents se révèlent en direct dans le regard des visiteurs, les rencontres d’avenir se nouent avec les professionnels, tout se joue au présent. Andrea Ponsini est le directeur artistique d’un Salon qu’il a, pendant quinze ans, accompagné sur le terrain : « Je compare le Salon à un sismographe des événements qui alertent le monde. Et ses jeunes artistes à des antennes qui perçoivent le futur. Ils s’inspirent des secousses de la vie pour anticiper l’après et créer. Mais leur relation au réel et leur sensibilité transcendent l’existant en quelque chose d’esthétique, de poétique. » Par la diversité des propositions et son adresse à tous les publics, y compris ceux éloignés de la culture, le Salon de Montrouge fait partie des 26 événements structurants du territoire, soutenus par le Département.
salondemontrouge.com
L’EMPIRE S’HABILLE EN WORTH

Robe de chasse de Charles Frederick Worth.
© Thierry Grassat
Né Anglais, Charles Frederick Worth (1825-1895) – moustache de l’armée des Indes et so british extravagance – fait fortune en France en inventant la notion de haute couture pour les dames du Second Empire. Avec lui, l’artisan couturier devient créateur d’une mode qui s’impose à la clientèle. Il invente les saisons du luxe, le mannequin vivant et la performance artistique du défilé. À Suresnes – au lieu qui deviendra l’hôpital Foch –, son château de campagne lui ressemble, plein de faste et de démesure, aussitôt surnommé le « Kremlin de la couture ». L’exposition Chez Worth, aux origines de la haute couture, présentée jusqu’au 21 juin au Musée d’histoire urbaine et sociale (MUS), ressuscite ce monde d’hier, ses volets social et intime, grâce à une centaine d’œuvres et de pièces souvent inédites, où le tissu côtoie le parfum autour d’une maquette du château disparu, dont ne demeure que le Portail aux escargots, lauréat de l’édition 2025 du Loto du patrimoine.
RÊVER LA SCIENCE

© Adobe Stock
30e édition de la manifestation départementale La Science se livre du 7 au 21 février : une centaine d’événements gratuits et accessibles à tous sur l’ensemble du territoire sur le thème Sciences et imaginaire(s).
Dans un monde moderne qui parfois s’épuise entre fake news et complots, les sciences demeurent une boussole irremplaçable, la curiosité à leur propos un gage de liberté, le partage des savoirs une assurance contre l’obscurantisme. Le Département depuis trente ans entretient la flamme des projets de ville en ville : ateliers interactifs, rencontres-débats, expositions artistiques, jeux pédagogiques, etc. À destination de chacun, et tout particulièrement de la jeunesse et du public des solidarités. Un scientifique est quelqu’un dont l’imagination émet des hypothèses qu’il vérifie – ou invalide – par l’expérience. On ne pouvait trouver meilleur thème en cette année anniversaire pour explorer le champ des possibles et des impossibles de la science – et de ses métamorphoses aux frontières des genres : science-fiction, neurosciences, corps augmentés, intelligence artificielle… Les 25e prix littéraires Public et Jeunesse complètent l’offre culturelle et, avec l’imagination au pouvoir, La Science se livre 2026 s’inscrit dans l’opération prospective Rêver les Hauts-de-Seine en 2050.
www.hauts-de-seine.fr/lascienceselivre
MÉDITER LA CATASTROPHE

© Arnaud Bertereau
Crash d’avion, carcasse fracassée, les survivants comme une métaphore de notre humanité désemparée après la catastrophe – et puis monte la musique poignante et consolatrice du Requiem allemand de Brahms, méditation humaniste plutôt que prière des morts. Tout est admirable dans ce spectacle mis en scène autour d’une œuvre qui n’était pas prévue pour et qui conquiert ici une dimension universelle : les lumières voilées des instruments d’époque d’Insula orchestra ; les dons d’incarnation du chœur Accentus et des deux solistes, Eleanor Lyons et John Brancy, à la fois voix et acteurs ; l’art par la directrice musicale Laurence Equilbey de désembuer la partition du flou postromantique. Un des temps forts de la saison à La Seine Musicale, les 15, 17 et 18 janvier.
CHASSER LE GUÉPARD !

© DR
Le Racing 92 reçoit l’équipe des Toyota Cheetahs à Paris La Défense Arena le 18 janvier dans le cadre de la Challenge Cup, l’autre « coupe d’Europe » des clubs de rugby.
La formule de cette seconde coupe d’Europe, qui permet aux clubs non qualifiés dans la Champions Cup de disputer des matchs internationaux, a beaucoup bougé depuis sa création en 1996. La « mêlée » s’est en quelque sorte stabilisée depuis la saison 2023-2024 qui a pris le nom de Challenge Cup et abandonné la référence européenne puisqu’elle accueille désormais des clubs au-delà des frontières des fameuses six nations (Angleterre, Écosse, France, Italie, Irlande, Pays de Galles) : la Géorgie et l’Afrique du Sud. Les règles de répartition géographique des clubs et d’intégration dans les trois poules sont encore plus compliquées que celles du rugby pour l’amateur qui regarde les matchs à la télé – certains évoqueront même les inénarrables règles des jeux de Perceval dans Kaamelott… Retenons simplement que le 18 janvier marque la quatrième journée des phases de poule et qu’il appartiendra au Racing 92 face aux « Guépards » de Bloemfontein de faire oublier la récente désillusion du XV tricolore contre les champions du monde d’Afrique du Sud…
www.parisladefense-arena.com